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Istanbul, le 1 juillet 2001
Ce matin, il a fallu se lever tôt pour prendre le T.G.V de Saint-Etienne à Paris,
puis le taxi jusquà Roissy Charles de Gaulle. Cétait bizarre car
cétait la première fois que nous prenions lavion. . Cétait aussi
très enthousiasmant de partir sur les traces de nos ancêtres.
Laëtitia, notre mère adoptive nous a emmenés, Abdou, mon frère Charles- Edouard et moi
à la gare de Bas-Monistrol. Comme dhabitude, mon frère, le champion du monde des
râleurs, a dit quil était trop serré dans la voiture à cause des bagages.
Ensuite nous avons pris le T.G.V pour aller à Paris. Cétait la première fois que
je le prenais. A 6h45, nous avons pris un taxi. Cétait très amusant car Abdou
la attrapé en route.
Nous avons pris lavion. Cétait génial ! Jai ri quand Charles-Edouard
sest cramponné au siège au moment du décollage. De là-haut, on a une vue
superbe. Un anglais a demandé à Charles-Edouard sil avait un cigare ; il a pu lui
répondre quil nen avait pas. Nous sommes arrivés à 14h20 à Istanbul. Et
là, nous avons tout de suite reconnu Jacques, notre grand-père maternel.Abdou avait le
trac. Nous avons fait les présentations.
Puis, nous sommes allés chez grand-père, tout près du détroit du Bosphore.Nous avons été accueillis très chaleureusement ; grand-père nous a servi du thé. De nos chambres, mon frère et moi voyons la mer de Marmara qui est très belle, très bleue et tellement grande que nous ne pouvons en voir la fin à cause de la brume . De la chambre dAbdou, on voit le détroit du Bosphore. On a discuté du passé et de lavenir, puis notre grand-père, Abdou et Charles-Edouard sont partis au hammam pour se détendre après ce long voyage. Pendant ce temps, je me suis reposée et je me suis amusée avec le chien.
Charles-Edouard a cru quil allait à la piscine . En réalité, les hammams sont des bains de vapeur où les gens vont se détendre ou se laver. Ce sont les Romains qui ont transmis cette pratique aux byzantins. Au retour, mon frère sest précipité sur moi. Il ma dit quil avait discuté avec grand-père de la mort de nos parents ;il na pas aimé le hammam parce quil y faisait une chaleur insoutenable. Grand-père ma dit que Charles-Edouard avait été très mal à laise au moment de se déshabiller.
Ce soir, nous sommes allés dans un restaurant. Abdou était très excité car il navait pas mangé de cuisine turque depuis des années. Notre grand-père nous a fait goûter des spécialités du pays. Mon frère et moi avons choisi de la soupe froide au yoghourt et à la menthe, ce nétait pas mauvais ,et du Kébab servi avec du riz. Au dessert : des loukoums à la pâte damande et des fruits à profusion. Finalement nous avons bien mangé, bien que mon frère ait trouvé que ce nétait pas bon du tout. Quil est difficile celui-là
Istanbul, le 2 juillet 2001
Aujourdhui, le deuxième jour de notre voyage, nous sommes aller visiter la Mosquée Bleue à Istanbul. Mon grand-père nous explique son histoire avant de rentrer. Elle a été bâtie entre 1609 et 1616. Nous admirons cette construction avec ses 260 fenêtres, les 6 minarets qui ressemblent à de grands arbres et au centre, tel un globe terrestre , la coupole entourée pour la protéger de 4 demi-coupoles. A la fin de cette visite extérieure, nous sommes entrés dans la mosquée après sêtre déchaussés. . Toutes les décorations ainsi que la céramique sont bleues, cest de là que vient son nom. Il ny a pas de réprésentation dAllah car cela est interdit dans la religion musulmane. Une douce clarté séchappait de ces nombreuses fenêtres. Je me sentais toute petite dans cet endroit silencieux.Dans la salle de prière, nous avons découvert le minbar qui est lendroit doù limam prêche et le mihrab qui indique la direction de la Mecque. Mon grand-père nous a expliqué que nous ne pouvions pas prier car nous navions pas été purifiés à la fontaine aux ablutions. Cest avec beaucoup de respect que je quittais cet endroit magique. . La visite terminée, nous nous sommes rendus tout près .

En effet, nous sommes allés à léglise de Sainte-Sophie. Jai remarqué quil y avait grandes tours qui ressemblaient à des fusées prêtes à décoller. Il y avait aussi une grande coupole qui me faisait penser à un saladier que lon aurait retourné. Le coucher du soleil faisait briller les vitres. Après sêtre déchaussés, nous sommes entrés dans cette ancienne église qui est devenue mosquée. Charles-Edouard a dit que cétait merveilleux. Papi nous a dit quil navait jamais vu une telle splendeur. En effet, les boucliers qui ornaient les murs, les piliers en marbre étaient magnifiques. Le grand-père nous confia un rébus sur un personnage byzantin célèbre.Il sagissait dune impératrice célèbre, épouse du grand Empereur Byzantin Justinien I°. Je le garde précieusement pour mes copains et mes copines de Haute-Loire quand je rentrerai.

Après la visite de Sainte-Sophie, nous avons pris le taxi pour aller au souk. Cest un marché couvert avec mille et une couleurs toutes plus éblouissantes les unes que les autres surtout pour le stand aux épices. Un peu plus loin, les marchands de tissus vendaient de très belles étoffes multicolores avec beaucoup de motifs divers. Certains tissus étaient doux comme du velours et ressemblaient à un paysage de montagnes enneigées.
On a mis environ une heure pour se décider car on sest disputés sans arrêt. Mon frère naimait pas le rose et moi pas le vert pour des babouches. Pour se mettre daccord, on en a pris des bleues. Alors, jai demandé au marchand le prix de cet article mais il ne me comprenait pas, heureusement Abdou fit la traduction.
A loccasion du dîner, grand-père nous a dit que plusieurs légendes circulaient dans la famille à propos de la rencontre de ses parents, Cybèle et Dimitri. Tout en parlant, il a posé sur la table un petit coffre de bois . Grand-père nous a dit quil perdait un peu la mémoire ; cest pour cela quil nest pas certain davoir la bonne version.
Dans la famille, certains disent quils se sont rencontrés au souk ; Dimitri vendait lui-même ses étoffes de toutes les couleurs. Cybèle venait en acheter pour la première fois : ce fut le coup de foudre. Dautres disent que cest dans une librairie quils se sont croisés.
Cybèle et Dimitri, à la recherche dun livre de Mandis Anagmostakis, le demandèrent en même temps au libraire. Ils éclatèrent de rire et tout commença. Grand-père confirma à Charles-Edouard que cétait pour cela quils avaient trouvé le livre en deux exemplaires dans la bibliothèque .
Puis, il ouvrit le coffre. . Grand-père nous dit que cétait un poème de Dimitri qui avait convaincu Cybèle de lépouser. Nous avons insisté pour le lire .Je lai appris, le voici :
Jaimerai te dire que je taime mais cest difficile.
Jaimerai te le prouver mais cest impossible.
Si un jour tu pars je te rejoindrais.
Où que tu ailles jy serai.
Dimitri
Du coffre, grand-père retira une liasse de lettres. Je me rappelle certains passages. « Mon cur ne brûle que pour toi Tes yeux ressemblent à des émeraudes », « Je saurai tapprécier comme un mari doit le faire pour sa femme, tu es si douce, si calme, si belle » Il nous a montré leur photo de mariage.La photo de mariage est belle car on y voit toute la famille : la branche turque et la branche grecque. Elle date de 1910 ; Dimitri avait 40 ans, Cybèle seulement 20ans. Cybèle est vêtue dune grande robe blanche avec un long voile fixé sur un chapeau. Elle est vraiment magnifique ! Dimitri, lui est dans un costume noir trop court. Il porte un chapeau troué qui ne cache ni ses verrues ni son grand nez. Il semble grincheux. Cest sur toutes les photos quil est comme ça, nous a dit grand-père.De lalbum , une photo est tombée, je men suis emparée. Cybèle et Dimitri étaient dans un parc. Il lui tendait des roses.Charles Edouard et moi avons eu les larmes aux yeux lorsque grand-père a refermé le coffre.
Le soir même, nous devions préparer nos affaires . En avant pour Athènes, car cest la ville natale de notre arrière-grand-père Dimitri.


En mer, le 3 juillet 2001
Ce matin, nous nous sommes levés tôt car nous allions à pied jusquà la Corne dOr, pour prendre place à bord dune goélette, nommée le Dogukan. Cest un voilier de 32 mètres avec 8 cabines pouvant embarquer jusquà 20 personnes. Quand Abdou a posé son pied sur le bateau, il est devenu tout rouge et il a eu les larmes aux yeux : ça lui rappelait tellement de souvenirs. Je suis sûre quil aurait aimé tenir la barre quelques instants. Charles-Édouard, qui était derrière lui, a râlé (pour ne pas changer) : « Dépêche-toi, mes bagages sont lourds ! ».
Une fois montés à bord, nous avons posé nos bagages pour pouvoir admirer le paysage quand le bateau quitterait le port et longerait les vieux quartiers dIstanbul.
Nous avons fait un dernier au revoir au grand-père avec nos mouchoirs. À ce moment-là, un homme dune quarantaine dannées vola ma valise et sauta du bateau sur le quai. Abdou fit aussitôt la même chose et lui courut après dans lespoir de le rattraper. Mais le bateau partait. Abdou abandonna la poursuite, mais il était déjà trop tard : il ne pouvait plus sauter sur le bateau, trop éloigné du quai. Des gens qui venaient de louer un petit yacht sapprêtaient à quitter le port eux aussi. Abdou sauta dans le yacht et prit la barre avec force. En quelques instants, il put rejoindre notre bateau, il y appuya le petit yacht et sauta à bord avec une grande agilité. Nous en fûmes émerveillés (les autres passagers aussi) et nous vîmes quil navait rien perdu de ses forces. On voyait bien quil avait été marin. Charles-Édouard râla encore une fois, car il sétait fait écraser le pied par Abdou. Quant à moi, je lui demandai comment jallais faire maintenant pour me changer puisquon mavait volé ma valise. Abdou dit à Charles-Édouard quil devrait me prêter des habits quand cela serait nécessaire. Et bien sûr Charles-Édouard bouda. En longeant le quai, nous avions une très belle vue sur la vieille ville dIstanbul et nous étions entourés de mouettes. Ensuite, nous sommes entrés à lintérieur de la goélette, nous avons trouvé ça très joli et très confortable.
La traversée put enfin démarrer. Nous avons rencontré le capitaine qui nous a prévenus quune tempête se préparait et que le bateau serait en retard à Athènes, mais quil ny avait pas de soucis à se faire car elle ne serait pas trop violente. Tout se passa bien jusquà 8 heures du matin mais là, la mer se mit vraiment à se déchaîner. Charles-Édouard commença à avoir vraiment le mal de mer. Bien entendu, il navait pas mis son gilet de sauvetage car il trouvait que ça lui tenait trop chaud et que ça le grossissait. Il faisait des va et vient incessants vers le bord du bateau et il avait de plus en plus le mal de mer. Abdou essaya de le calmer en lui offrant de la tisane et lui proposa daller se reposer dans notre cabine. Mais là, il saperçut quil avait vraiment envie de vomir. Il courut à toute allure vers le bord, suivi dAbdou. Au moment où il se penchait pour vomir, une vague fit basculer le bateau et Charles-Édouard tomba à leau. Abdou savait que Charles-Édouard avait très peur de leau. Il sauta dun plongeon extraordinaire et rattrapa mon frère par le torse en le serrant très fort. Le mousse de la goélette lui jeta une bouée accrochée à une corde et il les tira. Quand ils furent remontés à bord, le capitaine, émerveillé, demanda à Abdou sil navait pas été sauveteur en mer ou maître nageur ou même pompier. Abdou, tout en montrant sa boucle doreille, répondit quil avait été marin et quil avait même franchi le Cap Horn. Le capitaine, tout heureux, lui demanda de laider à surmonter cette tempête et même de prendre le commandement sil le désirait. Abdou retrouva alors sa joie de vivre. Charles-Édouard, très choqué par son aventure, accepta que je le soigne (tiens ! pour une fois quil ne râle pas !). Enfin vers 11 heures, la tempête se calma, mais nous navions avancé que de quelques kilomètres. En plus, une voile de la goélette avait été déchirée et il fallut la remplacer. Cela prit bien 2 heures. Nous voguons maintenant tranquillement vers Athènes, mais nous allons avoir du mal pour arriver ce soir, comme prévu, au Pirée.
Avant de monter à bord, javais peur davoir le mal de mer,
mais ce nest pas moi qui lai eu, cest Charles-Édouard.
Athènes le 4 juillet 2001
Nous avons navigué pendant toute la nuit. Pendant la veillée, le capitaine nous raconta la légende de la princesse Io : il dit quelle était très belle et quelle était aimée en secret par Zeus, le Dieu des Dieux. Alors, pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme (Hera, la Reine des Dieux), Zeus changea la princesse Io en génisse pour la garder auprès de lui. Mais malheureusement, elle se fit piquer par un taon et resta à jamais transformée en génisse. Elle erra à travers le monde. On raconte quun jour, toujours changée en génisse, Io voulut passer en Asie; alors, pour cela, elle traversa la mer par un passage étroit que lon baptisa « le passage de la vache ». Le capitaine put nous donner le nom turc de ce passage : Karadeniz Bogazi, mais en grec il ne savait plus comment on le disait ! Moi, en cherchant dans un petit dictionnaire que javais emporté avec moi, jai trouvé le nom grec de cet endroit. Il ressemble beaucoup au nom quon lui donne de nos jours. Je garde ces deux noms dans un petit coin de ma tête, pour étonner mes amies, à notre retour en Haute-Loire. Mais peut-être les auront-elles trouvés avant ?
Charles-Édouard na pas dormi tellement il est froussard. Nous sommes arrivés au petit matin au port du Pirée, avec plus de 6 heures de retard sur lhoraire prévu. Nous trouvâmes cependant Christophe (Christophoros en grec), lhomme que notre grand-père Jacques, dIstanbul, avait prévenu de notre arrivée et qui devait nous guider dans Athènes. Il a 42 ans et connaît Athènes comme sa poche. Il sétait renseigné auprès des autorités du port et avait attendu patiemment que notre goélette arrive. Il nous a conduits dans le quartier de la Plaka où Dimitri avait tenu une boutique détoffes au début du siècle dernier, avant de faire la connaissance de Cybèle. Il nous a dabord aidés à chercher une chambre dhôtel pas trop chère. Malheureusement, tout était pris. Quand Abdou sest renseigné dans les grands hôtels, il est tombé par terre, abasourdi, en entendant les prix. Finalement, sur les conseils de Christophe, on a décidé de dormir à la belle étoile. Par précaution, nous avons préféré acheter un sac de couchage pour chacun dentre nous et nous en avons profité pour acheter aussi quelques vêtements de rechange pour moi (shorts, T. shirts, casquette ). Nous avons trouvé tout ça dans une boutique de la Plaka, nous avons déposé nos achats chez Christophe puis nous sommes repartis pour visiter lAcropole. Christophe connaissait très bien lAcropole, il nous en a raconté la légende : Athéna et Poséidon, deux dieux de lAntiquité Grecque voulaient tous les deux prendre la ville dAthènes sous leur protection. Poséidon montra sa puissance en frappant avec son trident (une fourche à trois pointes) le rocher de lAcropole et fit jaillir ainsi une source minérale. De son côté, Athéna planta un olivier dans la rocaille sèche et celui-ci bourgeonna magnifiquement. Poséidon perdit ce duel, les Athéniens se placèrent sous la protection dAthéna, la déesse de la sagesse, et lolivier sacré résista à toutes les attaques que subit lAcropole. Le Parthénon et le petit temple dAthéna Niké situé à lentrée de lAcropole sont deux temples dédiés à la déesse Athéna. Au V° siècle après Jésus-Christ, le Parthénon fut transformé en église. Christophe nous expliqua aussi que Acropole voulait dire : « la ville haute ». Et, bien entendu, pour le quitter, nous redescendîmes vers la Plaka, ce quartier commerçant situé au pied de lAcropole, afin de passer la soirée dans une taverne, aux sons des bouzoukis.
"Le petit temple d'Athena Nikê, à l'entrée de l'Acropole."
Dans le quartier, nous avons demandé aux gens sils connaissaient la boutique détoffes que Dimitri avait tenue autrefois. Nous en savions peu sur elle, mais ici, tout le monde la connaissait. Cétait lune des plus célèbres du quartier et de nombreuses histoires extraordinaires couraient sur celui qui lavait créée : notre arrière grand-père Dimitri. Lune des personnes à qui nous nous étions adressé put nous la montrer. Elle était toute petite avec des volets verts : cest vrai quelle avait fière allure; mais il était trop tard et elle était déjà fermée. Nous y retournerons demain. Cette même personne nous attira dans une taverne quil connaissait où, devant un bon repas, il nous raconta quelques unes des aventures que lon prêtait à Dimitri : on disait quaux tous débuts de sa boutique, il allait souvent au bazar dIstanbul pour y vendre ou acheter des étoffes. Cest là quil avait rencontré Cybèle. Dès leur première rencontre, il lui avait offert sa plus belle étoffe, dans laquelle il avait glissé une rose blanche avec son plus beau poème.
Le menu navait pas été facile à comprendre mais le repas fut
délicieux : Abdou et moi, on a choisi une salade grecque avec de la feta (du fromage de
brebis) et des moussaka (du gratin daubergine avec des couches de viande hâchée)
avec du riz et du pain. Charles-Édouard a voulu goûter au dzadziki, du concombre râpé
mélangé à du yaourt grec et de lail pilé, puis il a dévoré une dizaine de
souvlakis (des brochettes de viande). On a bien mangé et on a fini en buvant un petit
café grec avec des gâteaux succulents.
Athènes, le 5 juillet 2001
Après cette très agréable soirée, nous sommes partis pour lendroit que Christophe nous avait indiqué pour passer la nuit. Le temps de poser nos sacs de couchage par terre et nous étions prêts pour dormir. Mais il a bien fallu que Charles-Édouard vienne se plaindre parce quil voulait se mettre entre Abdou et moi, pour ne pas se faire mordre par des petites bêtes. Il disait quil se faisait dévorer par les moustiques, que le sol grattait, quil y avait plein daraignées dans les arbres qui le guettaient et ne pensaient quà lui tomber dessus. On ne sait jamais, si un scarabée mangeait mon frère, ses jeux vidéos le regretteraient. Sinon, tout sest bien passé et jai bien dormi. Au réveil, après que Charles-Édouard ait eu fini de se plaindre, nous sommes allés à la Mairie dAthènes, au service État Civil, pour demander des renseignements sur notre arrière grand-père Dimitri. Nous en sommes ressortis bredouille.
Puis nous sommes allés voir le nouveau propriétaire du magasin de Dimitri et nous avons pu visiter la boutique que nous navions fait quentrevoir hier. Il nous a dit quil avait acheté ce magasin à un cousin de Dimitri. Nous lui avons dit que nous étions de sa famille et que nous aimerions voir ses archives. Charles-Édouard fouilla ses poches pour trouver sa carte didentité et larbre généalogique que Joachim nous avait confié et il se rendit compte que les papiers étaient dans le pantalon qui lui était trop petit. Par chance, cétait moi qui le portait. Donc nous trouvâmes les documents. Le propriétaire parut convaincu. Il nous fit monter au grenier et nous présenta les archives. Il resta près de nous pour veiller à ce quon ne vole rien. Sans soccuper des archives, Charles-Édouard se mit à regarder partout. Soudain, il découvrit une grosse enveloppe, cachée entre les tuiles et la volige. Dedans, Abdou trouva une sorte de cahier intime où il y avait des poèmes et la vie de Dimitri. Il demanda au marchand sil pouvait prendre ce cahier. Il refusa. Abdou proposa de le payer mais il ne voulait toujours pas. Par chance, le téléphone sonna, le commerçant descendit répondre. Alors Charles-Édouard prit le cahier et le remplaça par un livre de poche quil mit dans lenveloppe. Le marchand revint et Abdou lui dit quil pouvait ranger ses archives. Il jeta un petit coup dil dans le paquet et alla le ranger. Nous partîmes et Charles-Édouard râla parce que cétait son livre préféré quil avait laissé dans le magasin. Mais Abdou se demandait pourquoi le commerçant ne voulait pas leur vendre ce cahier. Ils virent que dedans, il y avait un petit sachet dans lequel il y avait une bague de fiançailles. Sur le sachet, il y avait écrit « Pour Dimitri, de la part de Sofiane ». Sur une page du cahier, il était écrit que Sofiane était sa femme et que Cybèle était sa maîtresse. Une page était déchirée, cétait un poème, celui qui avait été glissé dans létoffe. Dimitri parlait beaucoup de Cybèle dans le cahier. Il disait quil avait travaillé jour et nuit pour lui payer un collier dans lequel se trouvait un gros diamant. Après lui avoir acheté ce bijou, il était devenu pauvre. Comme il attrapait beaucoup de verrues et quil ne pouvait plus les soigner, il perdit ses clients. Sa seule solution fut de se séparer de Sofiane, qui était la mère de notre grand-père Jacques, et de se marier avec Cybèle qui était très riche. Et comme il navait plus dargent, il na pas pu sacheter de costume neuf et il dut prendre celui quil avait mis pour son premier mariage avec Sofiane, qui avait été grignoté par les rats. Cest dans ce costume quil pose sur la photo de mariage vue à Istanbul. Notre grand-père Jacques nous avait caché que Cybèle nétait pas sa mère.
Il y a quelques minutes, nous avons récupéré nos bagages chez Christophe qui était heureux de nous avoir rencontrés et de sêtre mis à notre disposition. Nous lavons remercié chaleureusement, sauf Charles-Édouard qui était impatient darriver à Rome pour manger des pâtes et des pizzas.
Quelle nuit ! ! ! Si nous avions su quil était si difficile daller à laéroport, nous aurions choisi le bateau. Il était six heure, hier soir, quand Christophe avait appelé le taxi, mais à sept heure, il nétait toujours pas arrivé. Abdou, qui aime être toujours à lheure, simpatientait en faisant les cent pas devant la porte de Christophe.
" On va être en retard et on va rater notre avion ! " hurla-t-il en entrant brusquement ; ce qui nous fit tous sursauter et mon frère commença à débiter toute une série de reproches : cest de la faute à... ; Abdou naurait pas dû... ; moi jaurai fait comme ça... ;
Ce flot de paroles fut interrompu par la télévision qui montrait un énorme bouchon dans Athènes. Christophe monta le son et lon comprit alors pourquoi notre taxi narrivait pas : Il y avait une grève des bus qui entravait complètement toute la capitale de la Grèce.
Et là, à létonnement général, Charles Edouard eut lidée du siècle :
" Et voilà, on na plus quà y aller à dos dâne " ronchonna-t-il en sasseyant sur sa valise.
" Cest une idée géniale, sexclama Christophe, nos voisins ont quatre ânes. Je cours leur demander si nous pouvons les emprunter.
Et avant quAbdou et moi, nayons eu le temps de réagir, Christophe était déjà sorti.
Trois touristes, sur des ânes, serrant leur valise dune main et se cramponnant à la crinière de lautre, dans Athènes à neuf heure de soir, ça aurait mérité une photo. Laéroport était à six kilomètres de la maison de Christophe, et six kilomètres à dos dâne, croyez moi, ça fait mal aux fesses. Eh oui, pour une fois, ce nest pas Charles Edouard qui râlait, cétait moi.
Mon frère était même fier de lui. Ah ! les garçons... !
Mais, finalement, nous fûmes pris dun fou rire, en voyant Christophe repartir perché sur son âne et tentant tant bien que mal, de faire avancer les trois autres à la même allure.
Par chance, tous les avions avaient été retardés et le notre était juste sur la piste de décollage. Il était onze heure trente quand nous quittâmes le sol de la Grèce.
A la descente de lavion, les courbatures de notre ballade en âne et la fatigue de la nuit, nous donnaient des airs de vagabonds. Le regard étrange du chauffeur de taxi qui sarrêta devant nous, nous confirma cette impression.
Mais lorsque Abdou lui donna ladresse de notre arrière grand-mère : Rue Botticelli, dans un des quartier les plus chics de Rome, sa grimace se transforma en un gracieux sourire.
Le trajet savéra un peu plus long que ce que nous avait dit Claudia : soit notre aïeule navait plus la notion du temps ( à 91 ans, ça se pourrait), soit notre chauffeur était en train darrondir notre facture !
La deuxième hypothèse savéra la bonne : " 45 lires y 50 centecimi " nous annonça-t-il fièrement en se tournant vers nous après avoir garé sa voiture devant la porte dune belle villa. Abdou régla cependant sans rien dire et jattirai immédiatement lattention de mes deux compagnons vers le panneau qui indiquait le nom de la rue. Le mot Botticelli était entouré dune frise fleurie dune incroyable beauté.
" Cest un peintre du 15ème siècle " dit une petite voix tremblante juste derrière nous.
" Cest notre arrière grand-mère, me dit Charles Edouard, quest-ce quelle est ridée ! ajouta-t-il à voix basse.
Vraiment mon frère pourrait être un peu plus délicat .
Afin de nous accueillir selon les coutumes locales, Claudia nous conduisit directement dans la salle à manger doù nous parvenaient des odeurs alléchantes.
Pour notre premier repas italien, nous avons été gâtés : tomates aux olives ; lasagnes émiliennes et une immense glace à la fraise. (Javais déjà mangé une glace " à litalienne " en France, mais ça na rien à voir. Rien que dy repenser, jen ai leau à la bouche) .
Charles Edouard lui, osa dire quil aurait préféré une pizza à la place des lasagnes, je le foudroyais du regard, mais heureusement Claudia navait rien entendu. Abdou avait eu droit à un petit Chianti ( un bon vin italien) pour accompagner ce repas et nous avons tous les trois goûté un " Cappuccino " maison.
" Je vois que vous avez bon appétit, tous les trois. Vous avez fait honneur à mon repas, jen suis très heureuse. Si nous allions visiter la Basilique Saint Pierre, cet après midi ? " proposa Claudia en finissant de débarrasser la table.
Dans le taxi qui nous conduisait vers la place Saint Pierre, haut lieu touristique de Rome, Charles Edouard ne put sempêcher détaler ces connaissances en histoire. ( Je dois reconnaître que cette fois-ci, il a été brillant dans son exposé sur la fondation de Rome.)
Si jai bien compris, la légende raconte que la " ville éternelle " fut créée par des jumeaux Romulus et Rémus : petits-fils du roi, ils avaient été jetés dans le Tibre ( cest le fleuve qui traverse Rome) par un traître. Mais une louve les a recueillis et nourris de son lait ; Puis un berger les a élevés et quand ils furent adultes, ils reprirent le trône au traître. ( Jusque là, tout se passait bien, mais Romulus tua son frère et donna son nom à la ville quil créa : ROME)
Pendant que Charles Edouard racontait, le taxi était arrivé à destination. Nous descendîmes, impressionnés par la grandeur de cette place et de lédifice qui se dressait devant nous.
La visite qui suivi fut super passionnante ! Même, mon frère, ne trouva rien à reprocher : il faut dire que nous avons vu cette après midi là, quelques merveilles de lart Italien ; Des colonnes gigantesques aux sculptures magnifiques, des peintures sur tous les murs et même au plafond, des vitraux que la lumière du soleil dItalie rendait encore plus colorés..
Nous ne savions pas où donner du regard tellement il y avait de détails à observer. Plusieurs fois nous nous sommes arrêtés vers des groupes de touristes pour écouter les guides qui les accompagnaient et qui traduisaient en plusieurs langues lhistoire de ces murs.
Quand Claudia nous demanda si lon étaient pas fatigués, nous comprîmes tout de suite quelle commençait à avoir du mal à nous suivre.
Abdou jura quil nen pouvait plus et nous reprîmes le chemin du retour.
Ce nest quaprès avoir repris des forces à table ; et que notre arrière grand-mère est fait un petit somme, quelle nous montra lalbum de sa famille.
Dès la première page, ses yeux se mirent à briller démotion : on y voyait la photo de son mariage avec Franz ; " amorrrr ! " dit-elle avec son superbe accent italien, en envoyant un baiser à la photo. Mon frère et moi, nosions pas lui poser de questions car il ny avait pas longtemps que notre aïeul été décédé. Mais Claudia connaissait le but de notre voyage et nous raconta comment elle avait fait connaissance dun tchécoslovaque. Cétait en 1927, elle avait tout juste 17 ans et lui 26 ! " un vieux " se rappela -t-elle en éclatant de rire.
Ses parents sétaient montré très hésitants, mais finalement ils acceptèrent que le mariage ait lieu. " Heureusement ! ajouta Claudia en nous faisant un petit clin dil coquin, car votre grand-mère Maria était déjà en route ! "
Les photos qui suivirent résumaient une vie de bonheur, entrecoupée daller retour entre la Tchécoslovaquie et lItalie. Finalement, notre arrière grand-mère referma ce livre et en nous regardant très tendrement, elle me le remit avec un grand sourire.
" Tu le montreras peut-être un jour à ton arrière petite fille, toi aussi " me dit-elle dune voix tremblante.
Jai eu un pincement au cur en déposant ce précieux trésor au fond de ma valise. (Celle là, je vais y faire attention, pas question de me la faire voler une autre fois.) De ma vie, je ne reverrai sans doute pas mon arrière grand-mère, mais jemporte avec moi le souvenir de toute sa vie.
Quelques minutes avant notre départ, Abdou vint chercher nos valises et nous posa cette charade : ( Charles Edouard cherche encore la solution !)
Mon premier nest pas laid
Mon deuxième est la moitié dun repas désiré par " Gros Minet "Mon troisième est souvent avec le poivre
Mon quatrième est en fait la neuvième dune série de 26.
Et mon tout est un nom de peintre bien connu de Claudia.
Et maintenant , en route pour Prague !
Vendredi 6 juillet en
soirée Rome
Vite, le train part à 19 h
07, s'écria Abdou."
« Charles-Edouard n'est pas encore revenu?
- N... ,heu ,non , bredouillai-je.
Mais avant d'avoir eu le temps de me faire du souci, j'aperçus mon frère. Une partie de
Sa tête disparaissait derrière six boîtes de pizzas et deux grandes bouteilles de
"Fanta ". Quel glouton celui-là!
Malgré son chargement impressionnant, il réussit à prendre son sac et nous nous
dirigeâmes, tant bien que mal, vers le quai.
Le train était là.
- Trop cool, c'est un train-couchettes!
En pénétrant dans notre voiture, je me revis cinq ans en arrière. Je partais à Piriac
en classe de mer, avec mes camarades.
Samedi 7 juillet
- Vos billets s'il vous plaît ."
Je me réveillais en sursaut. Où étais -je?
Après le départ du contrôleur, Abdou m'expliqua qu'on allait bientôt arriver à
Vienne, en Autriche. J'avais dormi comme un loir. Il faut dire qu'on avait pas chômé
depuis huit jours.
- Mais Vienne n'est pas sur notre feuille de route.
- Tu as raison. Mais nous devons changer de train. Et comme nous avons plus d'une heure
d'attente, je propose que nous allions prendre notre petit déjeuner à l'extérieur de la
gare."
Sacré Abdou ! Il a toujours de bonne idées.
- Cette nuit... nous sommes
passés...près de Venise , annonça Charles-Edouard la bouche pleine."
Venise. Mes parents y étaient allés en lune de miel. Je ne me lasse jamais de regarder
les photos de leur voyage. Ils pourraient être là avec nous ....Percevant ma tristesse
soudaine, Abdou me raconta qu'il avait été réveillé par Charles-Edouard. En effet,
celui-ci avait crié:" Boticelli »
"-Je peux peut-être
vous aider, dit l'un des passagers.
En se retournant, nous découvrîmes un homme de grande taille vêtu d'un costume cravate.
Il avait l'air sympathique.
"- Bonjour I mon nom est Josef Savek. Je suis représentant dans une cristallerie.
Mon travail m'amène souvent dans votre pays.
Nous lui racontâmes notre histoire. Il fut très impressionné et nous considéra comme
de vrais citoyens européens. Il nous parla de son pays avec coeur puis nous expliqua que
la langue tchèque ne ressemble pas aux langues latines au anglo -saxones. Elle est
compliquée à apprendre et pas très logique parfois:
"- Oui s'écrit "ano " et se prononce" non"; "Il est 10h 35
"se dit: " bans dix minutes, on aura fait les trois quarts du chemin qui nous
mènent à 11h." Mon frère et moi nous nous sommes régalés. On a appris plein de
mots "dobry den" (bonjour), "dékuji" (merci) nashledanou (au revoir),
on doit le prononcer -tenez-vous-bien -nassklédannoou, prosim (s'il vous plaît),
"-Ils sont d'une qualité unique au monde, dit-il."
Nous n'eûmes pas de mal à le croire. C'était la première fois que nous voyions des
choses aussi belles.
Nous adressâmes un
"mashledanou" à notre compagnon de voyage et nous partîmes en direction de la
pension U Medvidku.
Abdou nOUS indiqua, en raccrochant le
téléphone1 que Jan Svankmajer était le
cousin dont Claudia nous avait
parlé. à Rome. Il nous invitait tous les trois demain après~midi. J'avais déjà
entendu ce nom quelque part. Mais où?
"- C'est Alice! m'écriais-je d'un coup.
Mon frère et son parrain me regardèrent bouche bée. Est-ce c'est le réalisateur du
film "Alice"? le grand Jan Svankmajer?
- C'est possible, répondit Abdou. Claudia m'a
dit que Jan travaillait dans le cinéma.
Mais toi, comment le
connaîtrais-tu?
- J'ai vu le film avec l'école. Il était
super!
Quelle coïncidence!
J'avais hâte d'être dimanche après-midi.
- En attendant Si nous allions faire un tour.
N'oubliez pas que nous sommes dans l'une
des plus belles
villes d'Europe.
Ah! Ces profs de gym: il faut toujours qu' ils soient en mouvement!
Comme je n'avais pas encore terminé mon goûter (même pour manger, je suis lente), ,j'ai
attiré plusieurs dizaines de pigeons. Certains se sont posés sur mes épaules. L'un
d'eux a même choisi me tête pour faire Sa" grosse commission'1. J'étaiS furieuse d'autant que mes deux compagnons
se sont éloignés à reculons.
- Ca pue! disaient-ils d'un
air moqueur. J'avais aussi l'impression que tout le monde me regardait bizarrement
- Allez Anna, c'est pas grave dit Abdou,
regarde plutôt la fameuse horloge astronomique.
Accolée sur un
côté de la tour qui abrite l'hôtel- de-Ville, nous avions devant les yeux une
étonnante oeuvre d'art du XVe siècle.
Nous nous approchâmes d'un groupe de touristes belges et ne pûmes nous empêcher
d'écouter le guide:
"...on dit que l'horloger qui mît au point le mécanisme eut leS yeux brûlés par
les autorités afin qu'il ne réalise pas un autre chef d' oeuvre ailleurs drôle de
reconnaissance, n' est-ce pas! Voyant la mort venir, l'aveugle se fit accompagner par ses
fils auprès de l'horloge et en détruisit rageusement le mécanisme
Cette légende expliquerait que le système fut en panne pendant une longue période avant
qu'un autre savant puisse le remettre en état... »
Mais le guide eut juste le temps de terminer Sa phrase. Tout en haut de l~ horloge un coq
doré se mit à chanter. Au-dessous, deux fenêtres s'ouvrirent et nous vîmes apparaître
les apôtres à tour de rôle. A gauche, la Vanité
symbolisée par un avare agita Sa bourse. A droite, la mort tira la
cloche de la tourelle pour indiquer que l'heure était venue. A ses côtés, un Turc
(reconnaissable à son turban) faisait non de la tête.
Quand je pense que ces personnages se mettent en mouvement toutes les heures (Sauf la nuit
cependant).
A force de regarder en l'air, nous nu avions pas remarqué au sol, sur le pavage, 27
croix. C'est le guide qui, une nouvelle fois, nous aida:
- Ce sont les marques de l'exécution de 27 seigneurs tchèques, le 21 juin 1621. Plus
loin, vous pourrez apercevoir le méridien pragois...
- C'est dommage qu'elle soit fermée, nous dit
Abdou. J'aurais bien voulu vous emmener sur la pierre tombale du célèbre Tyco Brahé.
- C'est qui celui-là? demanda Charles - Edouard.
- Il s'agit d'un astronome danois qui a été accueilli à la cour du roi Rodolphe Il vers
la fin du XVI e siècle. Il a établi un catalogue d'étoiles et a fait un ensemble
d'observations grâce à des instruments qu'il avait mis au point. Il est aussi connu pour
Sa prothèse naSale d'or et
d'argent Il faut dire qu' il eut le nez tranché au cours d'un duel. Mais il est encore
plus fameux pour la légende liée à Sa mort. Un jour où il
était en audience chez le roi, il lui prit une envie d'uriner aussi forte que soudaine..
Devant le roi, impossible de demander à se retirer. Il se retint donc Si fort et Si
longtemps que sa vessie ... éclata. »
C'était drôle et tragique
à la fois.
L'immense brasserie située tout à côté de notre hôtel nous accueillit pour le repas
du soir. Abdou voulait absolument goûter les fameuses bières tchécoslovaques. Il nous a
dit qu'elles étaient considérées comme les meilleures du monde. A la fin de la soirée,
Charles Edouard semblait du même avis. Et c'est en chantant qu'il rejoignit Sa chambre...
dimanche 8 juillet
Cela faiSait maintenant huit jours que Charles -Edouard n'avait pas touché un ordinateur.
Une éternité pour lui quoi
Montrant un prospectus qu'il avait pris dans le hall de l'hôtel, il nous proposa d'aller
dans un cyber-café.
Nous voulûmes bien l'accompagner. seuI « Le Spika » était ouvert le dimanche. bécoré
de mosaïques, c'était une grande salle1 haute
de plafond avec une mezzanine de fer et de bois. L'espace informatique comptait une
quinzaine d'ordinateurs. Charles-Edouard se précipita sur la dernière machine
disponible.
J'en profitai pour écrire
des cartes postales. Mon voyage n'étant pas ordinaire, j'avais
décidé d'en envoyer une à chacun de mes camarades de CM 2. Bien sûr, j'avais beaucoup
hésité à propos de Rémi qui s'était moqué de moi, tout au long de l'année pour ma
légendaire lenteur. Mais au diable la rancune
« Allez Anna! me
lançaient-ils toutes les trois minutes sur un ton moqueur. »Essoufflée et ruisselante
de sueur, je posais enfin le pied devant la maison. Jan Svankmajer habitait sur les
hauteurs de Prague dans un quartier ancien. C'était un bel homme à forte carrure, barbu
et au crane dégarni qui nous accueillit.
« Bonjour, vous êtes sans
doute mes petits cousins? »
En pénétrant dans sa demeure, je reconnus tout de suite deux décors du film: un
squelette animalier avec des yeux de verre et le lapin blanc dans une boîte. Toutes les
pièces étaient remplies d' objets anciens. Abdou me chuchota:
-« C'est un vrai
capharnaüm »
Nous parlâmes du métier de réalisateur et surtout d' Alice. Jan nous raconta qu'il
avait fait le tour des écoles pour dénicher son actrice, la petite Kristina. Eva sa
femme apporta des rafraîchissements et expliqua comment elle avait fabriqué certaines
marionnettes. C'était passionnant.
Mais Joachim ne nous avait pas envoyé à travers l'Europe pour discuter cinéma. « - Mon
père et votre arrière grand père étaient cousins et amis. Nés dans la même banlieue,
ils sont restés proches jusqu'à la fin de leur vie.
-Pourquoi Franz
a-t-il quitté la Tchécoslovaquie? demanda Charles Edouard.
-Il vivait avec sa mère qui était pauvre. A sa mort (elle a été emportée par une
grave maladie), il décida de tout quitter pour partir en Italie ,espérant trouver le bonheur. Il a eu
la chance de rencontrer Claudia . Mon père et lui n'ont cessé de s'écrire. »
-Jan remit à Abdou le double de toutes les lettres (Bien sur notre grand père serait
obligé de chercher un traducteur). Eva nous offrit un tableau représentant Franz et son
cousin. Elle l'avait peint trente ans auparavant. b'ailleurs, mon frère eut beaucoup de
mal à le ranger dans son sac à dos. Avant de prendre congés, Abdou nota quelques noms
et dates de naissance et invita Jan et Eva à la maison. Ils promirent de venir à
l'occasion d'un festival.
Berlin
Lundi 9 Juillet
A 6 heures, nous avons pris un taxi qui nous a conduits jusquà laéroport. Nous avons présenté nos billets et fait enregistrer nos bagages, puis nous sommes montés dans lavion et nous nous sommes confortablement installés pour environ trois heures de vol. Le voyage sest déroulé sans encombre.
Katherine nous attendait à laéroport. Katherine est la sur jumelle de notre grand-mère paternelle Julie. Elle vit toujours à Berlin, depuis sa naissance, célibataire, sans enfants, elle était professeur dHistoire, mais aujourdhui elle est, bien sûr, en retraite. Jai eu un petit pincement au cur en la découvrant : elle ressemble tellement à mamie ! Et celle-ci commence à me manquer.
Après nous avoir embrassé, notre grand-tante paternelle (puisque tel est son titre !) nous a demandé des nouvelles de nos grands-parents, mais nous nen avions pas de récentes
Nous sommes allés sur le parking où elle avait garé sa voiture. Eh oui ! Elle conduit toujours !
Charles-Edouart a eu un sourire ravi car elle a montré du doigt une superbe BMW cabriolet. Mais son sourire sest très vite transformé en grimace quand Katherine a ouvert le coffre dune vieille Traban toute cabossée qui était garée juste devant la BMW. Jai vu dans le regard dAbdou quil se demandait comment tous nos bagages allaient bien pouvoir rentrer dans un aussi petit coffre Finalement après avoir tout compressé, nous nous sommes à notre tour entassés dans la voiture.

Sur le trajet, nous nous sommes rendus compte de deux choses :
Premièrement, Katherine conduit très mal, trop vite (pour sa voiture) et elle râle beaucoup au volant.
Deuxièmement, un âne à Athènes est mille fois plus confortable quune Traban à Berlin !
Nous avons été très contents darriver sain et sauf dans sa maison qui se trouve dans le centre de Berlin. Il sagit dailleurs de la maison dans laquelle ont vécu nos arrière-grands-parents ; Clotilde et Charles.
Une fois arrivés, Katherine nous a montré nos chambres ; dans lune des deux il y avait des lits superposés pour Charles-Edouart et moi. Ensuite elle a préparé le repas que nous avons dévoré car nous étions affamés. Puis Abdou a téléphoné à Laetitia pour savoir si tout allait bien à la maison et dans la famille et pour lui donner de nos nouvelles. Nous lavons tous embrassée.
Après cela nous avons demandé à Katherine de nous parler de ses parents ; elle nous a conduits dans le grenier poussiéreux de la maison pour y dénicher des souvenirs et pour nous raconter lhistoire de leur rencontre.
Jai ouvert une vielle malle et jy ai découvert, pliés dans du papier de soie jauni et un peu déchiré, une robe en dentelle blanche et un costume noir de mariés.
Clotilde et Charles se sont mariés le 21 janvier 1928.
Les circonstances de leur rencontre sont plutôt amusantes et sympathiques :
Clotilde était de santé fragile, elle avait des taches aux poumons. Les spécialistes lui ont prescrit une cure de soleil dans une station thermale située à Lisbonne au Portugal.
Charles-Edouart a eu lair étonné, alors Katherine nous a expliqué que ses grands-parents étaient riches et quils avaient donc les moyens de payer à leur fille un séjour si coûteux et si loin.
Elle est donc partie à Lisbonne pendant lété 1927. De son côté, Charles faisait ses études de médecine à Londres. On lui a proposé de faire un stage dans ce même établissement thermal. Il a bien sûr préféré le soleil de Lisbonne au brouillard de Londres !
Et un jour, au restaurant, à la suite dune erreur denregistrement dune commande
Clotilde détestait les coquillages et avait commandé du poisson alors que Charles, qui avait en horreur le poisson se régalait à lavance dun plateau de coquillages quon devait lui apporter. Le serveur maladroit a inversé les commandes et a provoqué, à la fois la colère de mes deux arrière-grands-parents, mais aussi une formidable histoire damour qui devait durer toute une vie.
Par la suite, Charles a abandonné sans regrets Londres pour rejoindre Clotilde à Berlin. Ils se sont mariés, il a ouvert son cabinet de médecin et ils ont eu des jumelles en 1930 : Katherine et Julie.
Cet après-midi, nous avons visité la porte de Brandebourg. Katherine nous a dit quil sagissait du monument le plus important de Berlin et peut-être même de lAllemagne toute entière. Nous y sommes allés en métro. En sortant de la station, nous avons eu la surprise de découvrir cet immense monument juste sous nos yeux. Jai tout de suite pensé à lAcropole dAthènes. Je lai dailleurs dit à Charles-Edouart ; Katherine ma entendu et ma expliqué que j avais raison puisque larchitecte, Carl Gothard Langhans ( je ne sais plus si ça sécrit comme ça !) sest inspiré de lAcropole pour le construire. Elle nous a aussi dit que la porte avait été construite entre 1789 et 1791. Deux ans ! Je ne pouvais pas y croire !
Le monument comporte six colonnes rayées, enfin, je crois plutôt quon dit doriques ! Au sommet de ces colonnes, il y a une espèce de toit, jai appris que cela sappelait un attique, surmonté par une sculpture. De lendroit où on était, on ne la voyait pas bien. Mais, heureusement, Abdou avait pensé à prendre les jumelles. Bien entendu Charles-Edouart a voulu regarder en premier ! alors, pour me venger, je lai appelé Doudou, surnom quil déteste et du coup, il ma fait la tête pendant toute la visite.
Cette sculpture représente un char tiré par quatre chevaux (un quadrige) et conduit par la déesse de la victoire, avec deux grandes ailes dans le dos ; elle tient dans la main droite la croix de fer surmontée de lAigle de Prusse.
A lorigine cette statue était tournée vers la ville et elle symbolisait la paix. Hitler a fait tourner le quadrige vers louest pour exprimer ses désirs de puissance et de conquête.
La statue a été abîmée pendant la guerre, à cause des bombardements. Jai dailleurs du mal à imaginer que cette ville a été entièrement bombardée puis reconstruite !
Après la guerre, on a reconstruit le quadrige mais sans la croix et lAigle : je comprends que les gens navaient pas envie davoir ces symboles sous les yeux ! Katherine nous a dit quelle se souvenait très bien de lancienne statue ; elle nous en a montré une photographie, mais elle ne se rappelait pas vraiment la date à laquelle la statue a été finalement restaurée comme à lorigine. Tout cela était un peu compliqué pour moi, mais jai retenu une chose :finalement ils ont bien fini par le lui rendre son bâton à la déesse !

Mardi 10 Juillet
Ce matin avec charles-Edouard, nous avons pris le bus, car nous avons eu lautorisation daller en centre ville pour faire quelques achats et ramener un souvenir à Laeticia notre mère. La pauvre, elle était toute seule en France !
Soudain, un inconnu qui nous observait depuis un bon moment nous a abordés :
- " Quel est votre bon ? Je parle un peu
français.
Jai fouillé fébrilement mon sac à la recherche de mon ticket et le lui ai
présenté.
- Bon, bon me dit-il. Comment tépelez-vous ?
Charles-Edouard pour une fois a été plus rapide que moi et a répondu :
- Moi, cest Charles-Edouard et voici ma soeur Anna.
- Je mappelle Klaus, je parle à peine français, jai visité une fois Paris.
- Quels monuments avez-vous visités ? a demandé Charles-Edouard.
- La poule Eiffel, le gâteau de ferraille.
Avec Charles-Edouard nous avons commencé à rire.
- Ah ! Le château de Versailles, a dit Charles-Edouard.
- Oui, cest ça. Quand je suis allé à Paris, il faisait un froid de renard.
Jai fait du bateau moustique, la Reine est polluée.

- Jaimerai aussi faire du bateau mouche sur la Seine ai-je dit.
Comme nous voulions le faire parler davantage, son français nous amusait, je lai
encore questionné :
- Quels monuments avez-vous préféré ?
- Jai passé un grand moment au fusée du Louvre.

Soudain je me suis rendu compte que nous approchions du centre ville :
- Nous sommes désolés, nous arrivons, nous devons descendre du bus. Nous avons passé un
bon moment avec vous, au revoir".
Sitôt descendus du bus, nous avons éclaté de rire. Nous avons eu le soir, une belle
histoire à raconter à Abdou.
Après le déjeuner, Katherine a proposé une promenade en ville. Nous sommes donc tous sortis. Au cours de notre ballade elle sest arrêtée devant une ancienne boulangerie et nous a raconté une étonnante histoire. En 1964 avec sa soeur Julie; elles ont participé au creusement dun tunnel qui permettait de franchir le mur de Berlin. Chaque soir, notre grand mère Julie et sa soeur Katherine se rendaient ici pour sinformer de la progression des travaux. Souvent, elles apportaient boissons et nourriture afin dencourager les étudiants qui creusaient le tunnel. Elles espéraient retrouver des amis restés à lEst, quelles navaient pas revus depuis trois ans. Ce tunnel mesurait 145 mètres de long, 70 centimètres de haut. Cest avec les larmes aux yeux que Katherine nous a raconté les retrouvailles avec ses amis.
Ce soir, nous avons mangé dans un restaurant de spécialités régionales.
Charles-Edouard a choisi une spécialité de Rhénanie : Sauerbraten (boeuf mariné avec
raisins secs, amandes et boulettes de pommes de terre) .Mon frère a trouvé ce plat
succulent. Abdou a commandé une spécialité de Westphalie : le jambon ! ou SchinKen puis
Tfeferpottast : boeuf en cubes, cuit avec du poivre en grains, épices, oignons, sauce
chapelure, le tout arrosé de Bière de Dortnund. Quant à moi jai préféré une
spécialité de Basse-Saxe : viande salée (Pokelfleish) accompagnée de spätz (pâtes
fraîches) Pour terminer, le serveur nous a apporté la carte des desserts mais surprise :
il ny avait pas de traduction, nous avons décidé au hasard le mot allemand qui
nous plaisait le plus : Backwaren pour Charles-Edouard, Eis pour Abdou et Erdbeere pour
moi. Nous navons pas été déçus : il sagissait de pâtisserie, de glaces,
de fraises. Au moment de payer, Abdou a eu quelques difficultés : cest la 5eme
monnaie quil utilise en peu de temps : la lire turque, le drachme, la lire
italienne, la couronne tchèque et le mark. Il a mélangé les couronnes et les marts,
heureusement le serveur était là. Nous avons convenu que lEuro nous aurait bien
facilité la tâche, surtout à Abdou.

Mercredi 11 Juillet
Dés laube, Katherine est venu nous réveiller en criant : "Schnel, ..........". Aucun de nous navait envie de se lever, surtout après le copieux repas que nous avions mangé hier soir, mais il a bien fallu..... On ne savait pas que Katherine était si matinale ! Après une rapide toilette, nous sommes descendus prendre le petit déjeuner, puis remontés pour préparer nos valises. Ensuite Katherine est venue avec un petit coffret en bois dans les mains. Il contenait tous les souvenir de la famille et elles nous a proposé den choisir chacun un. Charles-Edouard a pris une montre qui avait appartenue à Charles et moi, jai choisi une vieille photo jaunie qui représente Clotilde entourée des deux jumelles Katherine et Julie quand elles avaient 2 ans. Nous avons fini de ranger nos affaires et Abdou les a chargées dans le coffre de la Traban. En sortant du garage au volant de la voiture et avant de sengager dans la Leipziger Stabe Katherine a renversé une poubelle qui était déjà bien endommagée (était-ce déjà la faute à Katherine ??). Mais nous avons quand même réussi à sortir de la ville sans autre incident.
La visite de Berlin est terminée, en route pour Londres!
Katherine nous a emmené à Hambourg dans sa vielle bagnole toute cabossée, ou nous attendait un bateau qui devait nous conduire jusquà Londres.
Nous avons subi des secousses sur presque 300 kilomètres! Il nous tardait darriver.
la première partie du trajet a été sinueuse et de plus, il y avait beaucoup de camions qui allaient déposer leurs marchandises au port de Hambourg. Katherine voulait absolument doubler ces camions et quelques frayeurs sen suivirent. Tout cela la rendait bien nerveuse, le chauffage de la voiture était bloqué à fond, on était tous en sueur. Charles-Edouard (bien sûr) avait oublié de faire pipi avant de partir et cela faisait depuis 20 minutes quil demandait à Katherine de sarrêter mais celle-ci ne voulait pas que les camions la rattrapent de peur de se faire doubler, Charles-Edouard, nen pouvant plus, a fait pipi dans sa culotte. Mais Katherine était furieuse et elle na pas voulu sarrêter jusquà Hambourg.
Arrivé à destination, Charles-Edouard a dû se changer et en fouillant dans sa valise, il a vu quil ne lui restait plus quun short.
Il la mit avec de grandes chaussettes quil a remontées jusquaux genoux. On aurait dit un Écossais!.
Arrivés à Hamburg, nous avons été surpris par la taille et le nombre des bateaux. Abdou en a reconnus certains daprès leur pavillon. Ils venaient du Portugal, du Japon, du Brésil et lun deux venait dEspagne chargé doranges. Charles-Edouard aurait dû plutôt se réjouir de voir autant de jolis bateaux plutôt que de râler contre lodeur de poisson qui régnait. Katherine connaissait le capitaine dun bateaux poubelle et elle lui avait demandé de nous transporter jusquau port de Douvres. Ce bateau était rejeté de port en port car personne ne voulait soccuper dune telle cargaison et bonjour lodeur !!!. Le capitaine mapparut comme un vieux fou avec sa barbe en broussaille, son ventre bedonnant, sa mouette sur lépaule. Malgré cet aspect repoussant du capitaine, nous sommes montés dans le bateau et après avoir longuement embrassé Katherine, Charles-Edouard a agité son pantalon tout mouillé en guise dau revoir.
Espérons que la mer ne sera pas trop agitée !!!
-Viens on va laver ton pantalon.
On a descendu un escalier pour chercher une salle de bain ou une douche ou même des toilettes avec un lavabo. On a ouvert la première porte quon a vue. Surprise ! Cétait une pièce pleine dhommes assis par terre autour dun réchaud. On a refermé la porte très vite sans rien demander, et on sest précipités sur la porte juste en face. Il y avait de même des femmes et des enfants assis par terre autour dun réchaud.Charles-Edouard dans son plus bel anglais a dit :
-Hello, we are looking for the toilets.
-Toilets ? a répondu une jeune fille, come with me.
Elle nous a conduits à la bonne porte. Charles-Edouard a commencé à laver son pantalon et jai demandé à la fille:
-Whats your name ?
-My names Reza and you ?
-My names Anna and this is my brother Charles-Edouard. What country you coming from ? je lui demandai en anglais petit nègre.
-Afghanistan.
Pendant que Charles-Edouard finissait de laver son pantalon, on a continué à discuter et jai appris quelle allait en Angleterre avec sa famille et presque tout son village pour trouver du travail. Elle était partie il y a plus de trois semaines cachée dans un camion. Et maintenant ils avaient pris le bateau-poubelle pour débarquer clandestinement en Angleterre. Quand Charles-Edouard a eu fini de laver son pantalon, Reza nous a invité à boire une tasse de thé dans la cabine des femmes et des enfants.Ensuite nous sommes remontés et nous avons cherché Abdou pour lui raconter ce quon avait découvert.Nous lavons rencontré dans la cabine de pilotage en train de discuter avec le capitaine.Il paraissait heureux de se retrouver sur la mer. Je lai tiré par la manche et je lui ai dit doucement ce quon avait vu. Mais la capitaine avait loreille fine et il a tout entendu.
-Hé oui ! Jeunes gens, cest mon métier, cest comme ça que je gagne ma vie. Je transporte des immigrés clandestins en Angleterre ou en Europe du Nord. Cest interdit, mais pour ces gens, cest leur vie qui est en jeu. Jessaie seulement de leur donner des conditions de transport à peu près correctes. Je fais cela aussi parce que moi en 1964 je me suis échappé dAllemagne de lEst vers lAllemagne de lOuest. Cest comme ça que jai connu Katherine votre grand-tante qui ma aidé quand je suis arrivé à louest. Bien sûr les Afghans ne peuvent pas sortir sur le pont en plein jour, mais ils ont tout le bateau pour eux. Je les ferai débarquer une nuit bien noire et quand il fait très mauvais, ils ont plus de chance de ne pas être vus. En Angleterre ils seront pris en charge par de la famille ou des amis. Cétait lheure du repas, le capitaine a donné la barre à son second et nous sommes allés manger ensemble. On a ensuite gagné nos cabines pour la nuit.
Jeudi 12 juillet
La journée a été calme, nous avons visité le bateau qui est presque vide. On a joué à cache-cache dans la cale avec des enfants afghans. On a profité du beau temps pour prendre des bains de soleil sur le pont. On est arrivés à Douvres vers 18 h, après une journée et demie de traversée. Nous avons débarqué aussitôt et nous avons vu notre grand-mère Julie qui attendait sur le parking près dune Austin Mini.
-Oh non ! Encore une voiture modèle réduit. On ne va jamais pouvoir rentrer là-dedans, râla Charles-Edouard. Moi je veux prendre le train.
Julie nous a embrassés et a éclaté de rire en voyant la tête de Charles-Edouard.
Puis elle sest dirigée vers une superbe Rolls Royce dont un chauffeur nous a ouvert la porte. Là, la tête de Charles-Edouard a changé. Son sourire sest élargi jusquaux oreilles et même encore plus loin quand il a vu un ordinateur avec un écran plat pivotable et escamotable accroché au plafond. Il y avait deux banquettes lune en face de lautre. On voyageait donc comme dans un train. Charles-Edouard a joué à lordinateur pendant tout le voyage ; ça devait lui manquer.
Julie nous a expliqué que la Rolls venait juste dêtre restaurée. On lavait retrouvée dans un bâtiment du château des ancêtres de Charles (et des nôtres donc).
-On a pu le remettre en état grâce au visites payantes du château. Jhabite toujours là-bas dans une aile. Le reste du bâtiment est ouvert au public. Ca me permet de vivre. Vous savez que ce château appartient à notre famille depuis 1953. Larrière grand-père de Charles lavait acheté et restauré quand il avait fait fortune au début de la révolution industrielle. Maintenant on est obligé de le louer pour lentretenir.
Pendant quelle parlait, Julie nous a proposé un thé. Elle a ouvert un petit meuble sur le côté de la voiture et nous a servi dans une petite tasse en porcelaine. Charles-Edouard sortit de son ordinateur pour demander du Coca. Abdou lui dit quil ny en avait pas et que de toute façon il navait pas le droit de boire pour ne pas faire pipi sur les banquettes en cuir.
Julie nous a encore expliqué quelques détails sur le château et nous sommes arrivés. On a traversé un magnifique parc et aussitôt entrés nous sommes allés manger. On a eu droit à quelques spécialités anglaises : boeuf bouilli sauce à la menthe, pudding à la crème fraîche, de la "jelly" à la framboise et en fin de repas le fromage avec des crackers. Bien sûr on a bu du thé.
Après le dernier thé de la journée, cétait lheure de se coucher, alors Julie nous a dit :
-Prenez ce couloir. Il vous mènera dans vos chambres. Abdou ta chambre est au bout en face, Anna la tienne est à gauche et Charles-Edouard à droite.
Dans le couloir qui faisait au moins 30 mètres de long, il y avait de chaque côté des armures qui grinçaient et qui menaçaient de tomber car le sol vibrait à notre passage. Soudain une des armures les plus anciennes tomba et la lance effleura
Charles-Edouard qui faillit sévanouir de peur. Abdou ramassa larmure et la remit en place. Nous sommes allés nous coucher, et je me suis endormie tout de suite. En pleine nuit jai été réveillée par Charles-Edouard qui criait comme une sirène de pompiers :
-Au secours ! Au secours !
Je me suis précipitée dans sa chambre où il y avait déjà Abdou, et il nous a raconté :
-Jai entendu des bruits très bizarres, je suis descendu dans le hall. Je me suis appuyé contre un mur, mais cétait un hologramme et je suis passé à travers. Je suis tombé dans un cimetière souterrain plein de cadavres. Soudain jai aperçu la silhouette dun Minotaure qui tenait une masse darmes. Le Minotaure ma frappé sur la tête. Cest à ce moment-là que jai vu Abdou à côté de moi.
-Ce nétait quun rêve, tu as trop vu de films dhorreur, lui dit Abdou. Allons, rendors-toi, il est une heure et demie du matin. Demain nous allons inspecter le château pour retrouver des documents sur vos ancêtres.
VENDREDI 13 JUILLET
Ce matin Charles-Edouard était encore sous le choc et nosait plus rien dire. Le petit-déjeuner était très bon, un vrai breakfast anglais mais Charles-Edouard ne laimait pas et il râlait déjà de si bonne heure.
Jai voulu goûter à tout : le bacon grillé, les oeufs brouillés, le jus dorange (fait avec de vraies oranges), les toasts au beurre et à la "marmelade", les céréales (bof, les mêmes quen France) et même une drôle de pâte à tartiner qui ressemble de loin à du Nutella. Rien quà lodeur je navais pas envie den manger, mais jy ai goûter quand même. Ca a un goût de cube de viande quon met dans les potages (beuark, rien que dy penser ça me dégoûte). Il parait que cest de lextrait de levure avec laquelle on fabrique le pain.
Après le petit-déjeuner, nous sommes allés visiter le musée de Charles qui a été pilote de chasse pendant la guerre 39-45. Il a rassemblé toutes sortes dobjets de cette époque : des armes, des uniformes, des photos davions, de sa base et de ses copains de la R.A.F. (Royal Air Force : armée de lair britannique), des médailles, des articles de journaux, etc... Julie nous a expliqué que Charles avait participé à beaucoup de batailles, il a été blessé en Russie et fait prisonnier en Allemagne en 1943. Il avait une grande passion pour la peinture. Il a peint des tableaux qui sont dans le hall. A la fin de la visite, elle nous a donné des photos de Charles et aussi une peinture pour Abdou.
. Il était déjà midi et on est allé manger dans un restaurant indien (il y en a partout à Londres). On a tous pris du poulet au curry. Charles-Edouard râlait encore car il aurait préféré manger dans un Macdo. Laprès-midi nous sommes allés faire un tour au marché aux puces de Portobello Road, on y trouve de tout : des vêtements, des antiquités, etc... Abdou a trouvé une très jolie robe pour ramener à Laetitia et Charles-Edouard cherchait des logiciels doccasion pour son ordinateur. Tout à coup il nous a montré une valise qui ressemblait à la mienne, enfin à celle que lon mavait volée au départ dISTANBUL. On a regardé de plus près et cétait bien la mienne car il y avait un autocollant de Barbie infirmière sur le dessus. Pour la récupérer, jai été obligée de la racheter. Pas cher, 2 livres, mais quand même cest un comble ! Comment ma valise était-elle arrivée là ? Mystère. On est ensuite allé boire un thé et on est rentré au château. En attendant le repas, on a fait une partie de fléchettes selon les vraies règles.
Abdou en a profité pour déguster une bière anglaise. Nous avons mangé de bonne heure et mamie nous a dit :
-Si vous voulez, vous pouvez regarder un matche de cricket à la télévision. Cest très intéressant : cest lAngleterre contre le Pakistan. Moi jai trouvé ça très ennuyeux. Le cricket ça doit faire dormir car Abdou et Charles se sont assoupis sur le canapé bien avant la fin du match qui avait en fait commencé le mardi précédent et durait depuis quatre jours. Il ny a que les Anglais pour comprendre ce jeu. Nous sommes allés nous coucher tous les trois mais Julie est restée jusquà la fin.
Samedi 14 juillet
Julie nous a réveillés en musique avec la Marseillaise. Hé oui ! Aujourdhui cest le 14 juillet.
Elle nous a emmenés faire le tour de Londres dans un bus rouge à impériale. Comme il faisait beau on a pu avoir un bus découvert à létage. Un guide commentait les divers monuments de Londres (en français et en autres langues) : la Tour de Londres construite par Guillaume le conquérant, cest là que sont les bijoux de la couronne, le Tower Bridge (pont levant), le parlement anglais avec Big Ben, Trafalgar Square, la cathédrale Saint Paul, et les Docks. On a terminé par Buckingham Palace à midi où on a vu la relève de la garde. On a juste eu le temps de manger avant de faire nos valises et on est allé prendre lavion pour lEspagne à laéroport dHeathrow.
Pendant le voyage, jai fait une petite charade :
Mon premier est un pronom personnel féminin de la troisième personne du singulier.
Mon second est un meuble sur lequel on dort.
Mon troisième est la moitié de zazou
Mon quatrirème est le contraire dintelligent.
mon cinquième est le résultat de lopération : (3+18)-(12+5)-(26-(9+15))
Mon tout est une dame anglaise très connue qui a de grands chapeaux et qui vit dans un beau château
A Madrid
Abdou
a regardé les journaux et a dit que l'avion allait décoller à midi. Plus que deux
heures avant le décollage !
·
Vite, prenons
un taxi pour aller à l'aéroport !
·
Nous avons
pris un taxi et nous nous sommes retrouvés
dans un embouteillage géant.
·
"Mince,
dit Abdou, Charles - Edouard, tu as le temps d'aller acheter une pizza"
·
C'était une
bonne idée car Charles-Edouard a eu le temps de l'acheter et de rentrer dans le taxi !
·
Heureusement,
l'embouteillage est fini. Mais il ne nous reste plus qu'une heure dix minutes.
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Nous sommes
arrivés à l'aéroport juste à temps pour prendre les billets.
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Dans l'avion,
nous nous sommes reposés. Abdou a même dormi ! Pendant ce temps-là, le grand
Charles-Edouard écoutait de la musique sur
son baladeur.
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Deux heures
plus tard, nous étions dans le hall de l'aéroport de Madrid.
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Tout à coup,
j'ai crié : " Papy, papy ! "Abdou
m'a demandé pourquoi je criais et j'ai dit : "Mais Regarde ! "Abdou regarda et me répondit que ce
n'était pas papy Joachim, que c'était Bernardino, son frère cadet. Il semblait très
malin, intelligent mais peu calme. Ses cheveux blanc gris gigotaient sur sa tête.
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Dès notre
arrivée, il nous a dit : Como esta usted ? Ce qui veut dire : Comment
allez-vous ?
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Nous sommes
montés dans une vieille Renault 7, c'est une Renault 5 avec un coffre, on n'en trouve
qu'en Espagne ! Charles-Edouard a sorti un bout de pizza de son sac et a grignoté (la
pizza achetée pendant le bouchon à Londres).
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La voiture
s'arrêta "Calle del Carmen" en face de la plaza del Callao. Abdou nous a dit
qu'une calle, c'était une rue !
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Carmen habite
donc rue Carmen, quelle coïncidence !
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Notre
arrière-grand-mère n'était pas du tout comme sur les photos que Joachim nous montrait
souvent quand il nous parlait de son enfance à Madrid avec son frère et sa petite
sur.
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Elle avait les
cheveux noirs et légèrement frisés avec un chignon bas vers le cou. Elle portait une
longue robe noire avec un chemisier blanc classique, chaussures basses et bas noirs. Elle
semblait très tranquille.
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La maison
était vieille mais elle était vaste et surtout en plein Madrid. Quel avantage ! Le
jardin était aussi grand que la maison. Le vieux carrelage ciré était glissant et
Charles-Edouard s'est amusé à faire du patin. IL faisait des traces et Carmen lui a fait
les gros yeux ! Il s'est arrêté tout de
suite ! Qu'il est bête celui-la !

·
Je me suis
levée la première. Du moins je le croyais ! Mais Carmen était déjà levée, alors j'en
ai profité pour essayer de lui parler. Tout en l'aidant à préparer le déjeuner, je lui
ai posé cette question qui me brûlait les lèvres. Carmen parlait le français avec un
peu de mal car ce n'était pas sa langue maternelle.
·
Comment était
Francis ?
Elle me
répondit que c'était un grand blond aux yeux verts, qu'il était très musclé, un vrai
athlète ! Il travaillait dans un port militaire. Il était capitaine de frégate. Il
mourut d'un cancer du poumon en 1981, il avait beaucoup trop fumé toute sa vie !
Malheureusement,
nous n'avons pas pu continuer à parler car les autres se sont levés.
Je faisais ma
toilette. Tout à coup, quelqu'un a frappé à la porte.
Ce sont les
cousins Miguel, Pedro et Manuela qui arrivent avec leurs parents.
Ma cousine
Manuela est une grande fille aux yeux bleus et aux cheveux châtains noir. Ce grand dadais
de Charles-Edouard tomba de suite amoureux d'elle mais plus il voulait le
cacher et plus ça se voyait ! Il lui fit un sourire, Manuela avait tout compris et elle
rougit !
Heureusement
que j'étais là pour accueillir les deux autres ! Lui, il ne voyait que Manuela !
Tout à coup,
ma cousine m'a dit en espagnol : " Tu viens jouer avec moi ?" C'est Carmen qui
traduisait ! Je lui ai dit que je ne voulais pas laisser les autres seuls mais elle a
gentiment demandé à Charles-Edouard de rester avec les garçons et il n'a pas osé lui
refuser. Pourtant je suis sûre qu'il aurait préféré rester avec une jolie cousine de
son âge que de parler des Pokemon avec un
petit cousin ! J'avoue que ma cousine est douée !
A midi,
j'avais déjà faim, mais pas de déjeuner avant quatorze heures ! Les Espagnols mangent
à l'ombre au moment le plus chaud de la journée.
Comme Carmen
avait préparé le repas, nous sommes passés
à table sur la terrasse intérieure de la maison. Heureusement que Bernardino avait tiré les grandes toiles dès neuf heures ce matin car il ferait vraiment
trop chaud ! J'ai demandé à Miguel et Pedro de me donner une leçon d'Espagnol :
Bonjour
Hola !
Au revoir Adios
Carmen a servi
un gazpacho : une soupe froide de légumes crus. C'était très désaltérant et Abdou en
a pris deux fois !

Charles-Edouard
n'a pas aimé car il y avait du piment doux, lui, il ne connaît que le ketchup et la
mayonnaise ! Par contre lui a apprécié les tortillas et les churros !
Les tortillas sont des omelettes épaisses avec des
oignons et des pommes de terre. Les churros sont des beignets longs couverts de sucre. Un
vrai délice !
Vers 15h 30, nous nous sommes séparés en deux
groupes : les garçons et les filles. Comme d'habitude, Charles-Edouard râlait car il
n'était pas avec Manuela. Les garçons sont partis à l'est et les filles à l'ouest !
Pour
l'après-midi, j'ai proposé à mes cousines d'aller faire les boutiques.

Elles ont
accepté à condition qu'après on retrouve leurs copines à la piscine. Bien sûr, leur
mère Angela les a accompagnées.
Nous sommes
entrées dans plusieurs magasins. J'ai essayé des maillots de bain. Après quelques
essais, j'ai enfin trouvé celui qui m'allait ! En route pour la piscine !
Dans les
vestiaires, nous nous sommes mis à crier quand un garçon est entré dans les vestiaires
des filles ! Mais il ne l'a pas fait exprès. Il s'est excusé !
Dans la
piscine, ma cousine a failli se noyer !
Elle voulait faire un peu sa maline devant moi.Elle
s'est retournée pour me parler et elle a bu la tasse.
A notre sortie
de la piscine, nous sommes reparties en ville à la Puerta Del Sol.
En fin
d'après-midi, nous sommes arrivés en même temps que les garçons. Charles- Edouard m'a
raconté : " Nous avons d'abord visité le musée du Prado. Le Prado est un grand
musée.

Abdou est
passionné de peinture. Il m'a fait découvrir le grand musée de Madrid.. Il m'a parlé
de grand peintres espagnols comme Vélasquez, Goya , Dali, Miro et Picasso.

En sortant du
Prado, nous nous sommes reposés dans le parc du Retiro. Abdou a raconté aux enfants qu'au XVI siècle, les rois
donnaient des fêtes spectaculaires dans ce parc, en particulier sur le lac ,
"l'Estanque".

Abdou a appris à mon petit cousin Pedro à faire
des ricochets sut l'eau du lac. Avec Miguel, nous avons regardé des jongleurs qui
jonglaient avec des fruits et des légumes Tout à coup, le jongleur a lancé
volontairement une tomate sur un spectateur..
Puis avec mon
grand petit cousin et mon petit petit cousin, on est allés à la boutique du Real de
Madrid. J'ai acheté le maillot de Luis Figo. Le petit cousin lui a préféré un maillot
d'Harry Potter.
Nous avons eu
de la chance, l'équipe du Real sentraînait. Il y avait même les remplaçants !
Pour ce
dernier soir à Madrid, Abdou a dit qu'il voulait offrir un grand apéritif à tout le
monde. Carmen a d'abord refusé en disant qu'elle était trop vieille et que la dernière
fois qu'elle était allée dans un bar, c'était pour aller chercher son mari qui avait un
peu trop fait la fête après une victoire du Real en coupe d'Europe !

Mais Abdou a
insisté et elle n'a pas osé refuser. Cela faisait si longtemps qu'elle n'était pas
sortie ! A une table voisine, était assis un
vieux pépé qui avait l'air de s'ennuyer un peu et qui regardait le monde pour passer le
temps !
Il s'est mis
à parler fort à mon arrière-grand-mère. Je ne comprenais pas mais je voyais bien qu'il
la taquinait ! Manuela a de suite expliqué à Charles -Edouard qu'ils se connaissaient
depuis l'enfance et que le vieux papi recommandait à Carmen de ne pas boire trop de
sangria, qu'elle n'avait plus l'âge d'aller manger des tapas dans les bars ! Ils se
disputaient comme au bon vieux temps dans la cour de récréation ! Carmen lui a répondu
à moitié fâchée, à moitié amusée ! J'ai
demandé à Carlos de traduire mais il a refusé ! Il y avait trop de gros mots ! Nous
nous sommes régalés avec les tapas qui sont des amuse-gueule, des petites portions qui
remplacent les biscuits apéritifs.
Charles-Edouard
a avalé des "Calamares fritos" et du "Queso manchego", un fromage de
brebis.
Abdou a mangé
beaucoup de " Gambas a la plancha", des grosses crevettes grillées non
décortiquées et des ablondigas : de copieuses boulettes de viande, parfois à la sauce
tomate.
Anna s'est
contenté de chorizo : c'est une saucisse pimentée.
Abdou montre
un beau cigare à vendre et en propose un à Carlos qui accepte avec joie pendant que sa
femme lui fait les gros yeux car il essaie d'arrêter de fumer. Il ne veut pas mourir d'un
cancer du poumon comme son grand-père Francis.
Pour ce
dernier repas ensemble ce sont Abdou, Carlos et Angela qui ont préparé le repas. Ils
parlaient fort dans la cuisine. On les entendait rire. Je crois qu'Abdou est devenu ami
avec Carlos. S'il pouvait l'inviter en France, je serai ravie.
Angela et
Carlos ont préparé une énorme paella. Viandes, poissons et crustacées garnissaient un
gros plat de riz parfumé au safran. Comme Charles-Edouard n'avait pas trop faim ( il a mangé trop de tapas) il
s'est forcé un peu par politesse.
Puis Abdou est
arrivé avec une énorme pile de crêpes, le plat préféré des enfants. Mais une crêpe
était un peu spéciale. Elle était plus grande que les autres et il y avait écrit :
Joyeux anniversaire. Il y avait même un petit dauphin dessiné avec du chocolat fondu.
Quelle
surprise pour mon anniversaire. C'est vrai que j'ai dix ans aujourd'hui ! J'avais presque
oublié. Que je grandis vite ! J'ai soufflé les bougies. J'ai dû faire le tour du
gâteau. Carmen a adoré les crêpes. J'ai eu peur qu'elle digère mal. Mais pas du
tout !
Dès que les
grandes personnes se sont couchées, nous sommes allés écouter de la musique dans la
chambre de Manuela. Nous avons tous chanté car elle avait le disque de Gerry Hallywell.
Après
cette fatigante soirée, je me suis levée la dernière car à deux heures du matin,
jécrivais encore mon journal. Carmen était déjà debout : elle préparait le
petit déjeuner : un petit déjeuner dau revoir.
Elle semblait fatiguée car elle sétait couchée vers minuit. Mais elle
était aussi heureuse davoir tous ses petits-enfants autour delle mais triste
de nous voir partit bientôt. Mon frère était
déjà levé : il mangeait les crêpes qui restaient
Quand nous
avons eu fini de déjeuner, nous sommes allés dans une chambre pour faire une bataille de
coussins avec mes cousins. Les plumes voltigeaient dans toute la chambre. Abdou est
rentré pour voir si les rangements étaient terminés. « Dépêchez-vous de ranger
la chambre avant que Virginia ou Carmen narrivent » La moitié des plumes étaient ramassée quand
Virginia est arrivée. « Rangez tout cela et allez faire votre toilette ! »
Nous nous
sommes parfumées. Je me suis peignée avec la brosse de Carmen ! Nous regardions les
garçons par la fenêtre.
Après le
petit déjeuner, ils étaient partis dans la cour de limmeuble jouer au foot. Ils
ont fait des équipes. Virginia a dit quil ne fallait pas jouer trop fort. Mais mon
grand frère a fait une retournée et boum ! Dans les géraniums de la voisine. Celle-ci
est sortie sur son balcon, elle a crié et les garçons sont vite rentrés ! Nous avons bien rigolé et jai pris une
photo de la fenêtre de ma chambre !
Puis les
garçons ont demandé quelques pièces pour aller acheter des bonbons. Mais en revenant,
ils avaient remplacé les bonbons par des pétards et des allumettes espagnoles. On les
allume en les grattant contre une pierre ou un mur ! Ils nous ont lancé des pétards par
la fenêtre ouverte. La voisine est sortie avec un balai. Carlos a confisqué les pétards
et il les a emmenés faire un petit footing pour les calmer !
Nous, les
filles calmes et gentilles, nous sommes montées au grenier. Nous avons fouillé dans de
vieilles malles et cartons et nous avons trouvé des habits de Carmen et Virginia. Nous
avons tout essayé ! Jai trouvé une superbe robe à fleurs multicolores qui était à Carmen ! Je suis descendue avec, Carmen
est passée par-là, elle ma vue. Elle était très émue. Elle a décidé de me la
donner !
Après un
petit repas froid, il a fallu se dire au revoir ! Jétais un peu triste mais je
nétais pas la seule ! Mon frère avait les larmes aux yeux. Carmen ne voulait pas
montrer quelle pleurait mais elle avait les yeux rouges. Mais Carlos a pris la
parole dun ton joyeux qui a surpris tout le monde
pour annoncer : « Nous nous retrouverons en août. Abdou nous a invités.
Nous viendrons en vacances chez vous en Auvergne. Nous viendrons avec Carmen. Cela fait si
longtemps quelle na pas vu Joachim. »
Tout le monde était maintenant joyeux !
Lavion
décollait à 16 H 30 ! Mon frère a lancé son mouchoir de la passerelle pour dire au
revoir à tout le monde ! Deux heures plus tard, nous arrivions à Strasbourg, en France.
Nous étions contents mais surpris dentendre parler Français autour de nous !