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Istanbul, le 1 juillet 2001

Ce matin, il a fallu se lever tôt pour prendre le T.G.V de Saint-Etienne à Paris, puis le taxi jusqu’à Roissy Charles de Gaulle. C’était bizarre car c’était la première fois que nous prenions l’avion. . C’était aussi très enthousiasmant de partir sur les traces de nos ancêtres.
Laëtitia, notre mère adoptive nous a emmenés, Abdou, mon frère Charles- Edouard et moi à la gare de Bas-Monistrol. Comme d’habitude, mon frère, le champion du monde des râleurs, a dit qu’il était trop serré dans la voiture à cause des bagages. Ensuite nous avons pris le T.G.V pour aller à Paris. C’était la première fois que je le prenais. A 6h45, nous avons pris un taxi. C’était très amusant car Abdou l’a attrapé en route.
Nous avons pris l’avion. C’était génial ! J’ai ri quand Charles-Edouard s’est cramponné au siège au moment du décollage. De là-haut, on a une vue superbe. Un anglais a demandé à Charles-Edouard s’il avait un cigare ; il a pu lui répondre qu’il n’en avait pas. Nous sommes arrivés à 14h20 à Istanbul. Et là, nous avons tout de suite reconnu Jacques, notre grand-père maternel.Abdou avait le trac. Nous avons fait les présentations.

Puis, nous sommes allés chez grand-père, tout près du détroit du Bosphore.Nous avons été accueillis très chaleureusement ; grand-père nous a servi du thé. De nos chambres, mon frère et moi voyons la mer de Marmara qui est très belle, très bleue et tellement grande que nous ne pouvons en voir la fin à cause de la brume . De la chambre d’Abdou, on voit le détroit du Bosphore. On a discuté du passé et de l’avenir, puis notre grand-père, Abdou et Charles-Edouard sont partis au hammam pour se détendre après ce long voyage. Pendant ce temps, je me suis reposée et je me suis amusée avec le chien.

Charles-Edouard a cru qu’il allait à la piscine . En réalité, les hammams sont des bains de vapeur où les gens vont se détendre ou se laver. Ce sont les Romains qui ont transmis cette pratique aux byzantins. Au retour, mon frère s’est précipité sur moi. Il m’a dit qu’il avait discuté avec grand-père de la mort de nos parents ;il n’a pas aimé le hammam parce qu’il y faisait une chaleur insoutenable. Grand-père m’a dit que Charles-Edouard avait été très mal à l’aise au moment de se déshabiller.

Ce soir, nous sommes allés dans un restaurant. Abdou était très excité car il n’avait pas mangé de cuisine turque depuis des années. Notre grand-père nous a fait goûter des spécialités du pays. Mon frère et moi avons choisi de la soupe froide au yoghourt et à la menthe, ce n’était pas mauvais ,et du Kébab servi avec du riz. Au dessert : des loukoums à la pâte d’amande et des fruits à profusion. Finalement nous avons bien mangé, bien que mon frère ait trouvé que ce n’était pas bon du tout. Qu’il est difficile celui-là

 

Istanbul, le 2 juillet 2001

Aujourd’hui, le deuxième jour de notre voyage, nous sommes aller visiter la Mosquée Bleue à Istanbul. Mon grand-père nous explique son histoire avant de rentrer. Elle a été bâtie entre 1609 et 1616. Nous admirons cette construction avec ses 260 fenêtres, les 6 minarets qui ressemblent à de grands arbres et au centre, tel un globe terrestre , la coupole entourée pour la protéger de 4 demi-coupoles. A la fin de cette visite extérieure, nous sommes entrés dans la mosquée après s’être déchaussés. . Toutes les décorations ainsi que la céramique sont bleues, c’est de là que vient son nom. Il n’y a pas de réprésentation d’Allah car cela est interdit dans la religion musulmane. Une douce clarté s’échappait de ces nombreuses fenêtres. Je me sentais toute petite dans cet endroit silencieux.Dans la salle de prière, nous avons découvert le minbar qui est l’endroit d’où l’imam prêche et le mihrab qui indique la direction de la Mecque. Mon grand-père nous a expliqué que nous ne pouvions pas prier car nous n’avions pas été purifiés à la fontaine aux ablutions. C’est avec beaucoup de respect que je quittais cet endroit magique. . La visite terminée, nous nous sommes rendus tout près .

 

En effet, nous sommes allés à l’église de Sainte-Sophie. J’ai remarqué qu’il y avait grandes tours qui ressemblaient à des fusées prêtes à décoller. Il y avait aussi une grande coupole qui me faisait penser à un saladier que l’on aurait retourné. Le coucher du soleil faisait briller les vitres. Après s’être déchaussés, nous sommes entrés dans cette ancienne église qui est devenue mosquée. Charles-Edouard a dit que c’était merveilleux. Papi nous a dit qu’il n’avait jamais vu une telle splendeur. En effet, les boucliers qui ornaient les murs, les piliers en marbre étaient magnifiques. Le grand-père nous confia un rébus sur un personnage byzantin célèbre.Il s’agissait d’une impératrice célèbre, épouse du grand Empereur Byzantin Justinien I°. Je le garde précieusement pour mes copains et mes copines de Haute-Loire quand je rentrerai.

Après la visite de Sainte-Sophie, nous avons pris le taxi pour aller au souk. C’est un marché couvert avec mille et une couleurs toutes plus éblouissantes les unes que les autres surtout pour le stand aux épices. Un peu plus loin, les marchands de tissus vendaient de très belles étoffes multicolores avec beaucoup de motifs divers. Certains tissus étaient doux comme du velours et ressemblaient à un paysage de montagnes enneigées.

On a mis environ une heure pour se décider car on s’est disputés sans arrêt. Mon frère n’aimait pas le rose et moi pas le vert pour des babouches. Pour se mettre d’accord, on en a pris des bleues. Alors, j’ai demandé au marchand le prix de cet article mais il ne me comprenait pas, heureusement Abdou fit la traduction.

A l’occasion du dîner, grand-père nous a dit que plusieurs légendes circulaient dans la famille à propos de la rencontre de ses parents, Cybèle et Dimitri. Tout en parlant, il a posé sur la table un petit coffre de bois . Grand-père nous a dit qu’il perdait un peu la mémoire ; c’est pour cela qu’il n’est pas certain d’avoir la bonne version.

Dans la famille, certains disent qu’ils se sont rencontrés au souk ; Dimitri vendait lui-même ses étoffes de toutes les couleurs. Cybèle venait en acheter pour la première fois : ce fut le coup de foudre. D’autres disent que c’est dans une librairie qu’ils se sont croisés.

Cybèle et Dimitri, à la recherche d’un livre de Mandis Anagmostakis, le demandèrent en même temps au libraire. Ils éclatèrent de rire et tout commença. Grand-père confirma à Charles-Edouard que c’était pour cela qu’ils avaient trouvé le livre en deux exemplaires dans la bibliothèque .

Puis, il ouvrit le coffre. . Grand-père nous dit que c’était un poème de Dimitri qui avait convaincu Cybèle de l’épouser. Nous avons insisté pour le lire .Je l’ai appris, le voici :

J’aimerai te dire que je t’aime mais c’est difficile.
J’aimerai te le prouver mais c’est impossible.
Si un jour tu pars je te rejoindrais.
Où que tu ailles j’y serai.
Dimitri

Du coffre, grand-père retira une liasse de lettres. Je me rappelle certains passages. « Mon cœur ne brûle que pour toi… Tes yeux ressemblent à des émeraudes », « Je saurai t’apprécier comme un mari doit le faire pour sa femme, tu es si douce, si calme, si belle… » Il nous a montré leur photo de mariage.La photo de mariage est belle car on y voit toute la famille : la branche turque et la branche grecque. Elle date de 1910 ; Dimitri avait 40 ans, Cybèle seulement 20ans. Cybèle est vêtue d’une grande robe blanche avec un long voile fixé sur un chapeau. Elle est vraiment magnifique ! Dimitri, lui est dans un costume noir trop court. Il porte un chapeau troué qui ne cache ni ses verrues ni son grand nez. Il semble grincheux. C’est sur toutes les photos qu’il est comme ça, nous a dit grand-père.De l’album , une photo est tombée, je m’en suis emparée. Cybèle et Dimitri étaient dans un parc. Il lui tendait des roses.Charles Edouard et moi avons eu les larmes aux yeux lorsque grand-père a refermé le coffre.

Le soir même, nous devions préparer nos affaires . En avant pour Athènes, car c’est la ville natale de notre arrière-grand-père Dimitri.

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En mer, le 3 juillet 2001

Ce matin, nous nous sommes levés tôt car nous allions à pied jusqu’à la Corne d’Or, pour prendre place à bord d’une goélette, nommée le Dogukan. C’est un voilier de 32 mètres avec 8 cabines pouvant embarquer jusqu’à 20 personnes. Quand Abdou a posé son pied sur le bateau, il est devenu tout rouge et il a eu les larmes aux yeux : ça lui rappelait tellement de souvenirs. Je suis sûre qu’il aurait aimé tenir la barre quelques instants. Charles-Édouard, qui était derrière lui, a râlé (pour ne pas changer) : « Dépêche-toi, mes bagages sont lourds ! ».

Une fois montés à bord, nous avons posé nos bagages pour pouvoir admirer le paysage quand le bateau quitterait le port et longerait les vieux quartiers d’Istanbul.

Nous avons fait un dernier au revoir au grand-père avec nos mouchoirs. À ce moment-là, un homme d’une quarantaine d’années vola ma valise et sauta du bateau sur le quai. Abdou fit aussitôt la même chose et lui courut après dans l’espoir de le rattraper. Mais le bateau partait. Abdou abandonna la poursuite, mais il était déjà trop tard : il ne pouvait plus sauter sur le bateau, trop éloigné du quai. Des gens qui venaient de louer un petit yacht s’apprêtaient à quitter le port eux aussi. Abdou sauta dans le yacht et prit la barre avec force. En quelques instants, il put rejoindre notre bateau, il y appuya le petit yacht et sauta à bord avec une grande agilité. Nous en fûmes émerveillés (les autres passagers aussi) et nous vîmes qu’il n’avait rien perdu de ses forces. On voyait bien qu’il avait été marin. Charles-Édouard râla encore une fois, car il s’était fait écraser le pied par Abdou. Quant à moi, je lui demandai comment j’allais faire maintenant pour me changer puisqu’on m’avait volé ma valise. Abdou dit à Charles-Édouard qu’il devrait me prêter des habits quand cela serait nécessaire. Et bien sûr Charles-Édouard bouda. En longeant le quai, nous avions une très belle vue sur la vieille ville d’Istanbul et nous étions entourés de mouettes. Ensuite, nous sommes entrés à l’intérieur de la goélette, nous avons trouvé ça très joli et très confortable.

La traversée put enfin démarrer. Nous avons rencontré le capitaine qui nous a prévenus qu’une tempête se préparait et que le bateau serait en retard à Athènes, mais qu’il n’y avait pas de soucis à se faire car elle ne serait pas trop violente. Tout se passa bien jusqu’à 8 heures du matin mais là, la mer se mit vraiment à se déchaîner. Charles-Édouard commença à avoir vraiment le mal de mer. Bien entendu, il n’avait pas mis son gilet de sauvetage car il trouvait que ça lui tenait trop chaud et que ça le grossissait. Il faisait des va et vient incessants vers le bord du bateau et il avait de plus en plus le mal de mer. Abdou essaya de le calmer en lui offrant de la tisane et lui proposa d’aller se reposer dans notre cabine. Mais là, il s’aperçut qu’il avait vraiment envie de vomir. Il courut à toute allure vers le bord, suivi d’Abdou. Au moment où il se penchait pour vomir, une vague fit basculer le bateau et Charles-Édouard tomba à l’eau. Abdou savait que Charles-Édouard avait très peur de l’eau. Il sauta d’un plongeon extraordinaire et rattrapa mon frère par le torse en le serrant très fort. Le mousse de la goélette lui jeta une bouée accrochée à une corde et il les tira. Quand ils furent remontés à bord, le capitaine, émerveillé, demanda à Abdou s’il n’avait pas été sauveteur en mer ou maître nageur ou même pompier. Abdou, tout en montrant sa boucle d’oreille, répondit qu’il avait été marin et qu’il avait même franchi le Cap Horn. Le capitaine, tout heureux, lui demanda de l’aider à surmonter cette tempête et même de prendre le commandement s’il le désirait. Abdou retrouva alors sa joie de vivre. Charles-Édouard, très choqué par son aventure, accepta que je le soigne (tiens ! pour une fois qu’il ne râle pas !). Enfin vers 11 heures, la tempête se calma, mais nous n’avions avancé que de quelques kilomètres. En plus, une voile de la goélette avait été déchirée et il fallut la remplacer. Cela prit bien 2 heures. Nous voguons maintenant tranquillement vers Athènes, mais nous allons avoir du mal pour arriver ce soir, comme prévu, au Pirée.

Avant de monter à bord, j’avais peur d’avoir le mal de mer, mais ce n’est pas moi qui l’ai eu, c’est Charles-Édouard.


Athènes le 4 juillet 2001

Nous avons navigué pendant toute la nuit. Pendant la veillée, le capitaine nous raconta la légende de la princesse Io : il dit qu’elle était très belle et qu’elle était aimée en secret par Zeus, le Dieu des Dieux. Alors, pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme (Hera, la Reine des Dieux), Zeus changea la princesse Io en génisse pour la garder auprès de lui. Mais malheureusement, elle se fit piquer par un taon et resta à jamais transformée en génisse. Elle erra à travers le monde. On raconte qu’un jour, toujours changée en génisse, Io voulut passer en Asie; alors, pour cela, elle traversa la mer par un passage étroit que l’on baptisa « le passage de la vache ». Le capitaine put nous donner le nom turc de ce passage : Karadeniz Bogazi, mais en grec il ne savait plus comment on le disait ! Moi, en cherchant dans un petit dictionnaire que j’avais emporté avec moi, j’ai trouvé le nom grec de cet endroit. Il ressemble beaucoup au nom qu’on lui donne de nos jours. Je garde ces deux noms dans un petit coin de ma tête, pour étonner mes amies, à notre retour en Haute-Loire. Mais peut-être les auront-elles trouvés avant ?

Charles-Édouard n’a pas dormi tellement il est froussard. Nous sommes arrivés au petit matin au port du Pirée, avec plus de 6 heures de retard sur l’horaire prévu. Nous trouvâmes cependant Christophe (Christophoros en grec), l’homme que notre grand-père Jacques, d’Istanbul, avait prévenu de notre arrivée et qui devait nous guider dans Athènes. Il a 42 ans et connaît Athènes comme sa poche. Il s’était renseigné auprès des autorités du port et avait attendu patiemment que notre goélette arrive. Il nous a conduits dans le quartier de la Plaka où Dimitri avait tenu une boutique d’étoffes au début du siècle dernier, avant de faire la connaissance de Cybèle. Il nous a d’abord aidés à chercher une chambre d’hôtel pas trop chère. Malheureusement, tout était pris. Quand Abdou s’est renseigné dans les grands hôtels, il est tombé par terre, abasourdi, en entendant les prix. Finalement, sur les conseils de Christophe, on a décidé de dormir à la belle étoile. Par précaution, nous avons préféré acheter un sac de couchage pour chacun d’entre nous et nous en avons profité pour acheter aussi quelques vêtements de rechange pour moi (shorts, T. shirts, casquette …). Nous avons trouvé tout ça dans une boutique de la Plaka, nous avons déposé nos achats chez Christophe puis nous sommes repartis pour visiter l’Acropole. Christophe connaissait très bien l’Acropole, il nous en a raconté la légende : Athéna et Poséidon, deux dieux de l’Antiquité Grecque voulaient tous les deux prendre la ville d’Athènes sous leur protection. Poséidon montra sa puissance en frappant avec son trident (une fourche à trois pointes) le rocher de l’Acropole et fit jaillir ainsi une source minérale. De son côté, Athéna planta un olivier dans la rocaille sèche et celui-ci bourgeonna magnifiquement. Poséidon perdit ce duel, les Athéniens se placèrent sous la protection d’Athéna, la déesse de la sagesse, et l’olivier sacré résista à toutes les attaques que subit l’Acropole. Le Parthénon et le petit temple d’Athéna Niké situé à l’entrée de l’Acropole sont deux temples dédiés à la déesse Athéna. Au V° siècle après Jésus-Christ, le Parthénon fut transformé en église. Christophe nous expliqua aussi que Acropole voulait dire : « la ville haute ». Et, bien entendu, pour le quitter, nous redescendîmes vers la Plaka, ce quartier commerçant situé au pied de l’Acropole, afin de passer la soirée dans une taverne, aux sons des bouzoukis.

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"Le petit temple d'Athena Nikê, à l'entrée de l'Acropole."

Dans le quartier, nous avons demandé aux gens s’ils connaissaient la boutique d’étoffes que Dimitri avait tenue autrefois. Nous en savions peu sur elle, mais ici, tout le monde la connaissait. C’était l’une des plus célèbres du quartier et de nombreuses histoires extraordinaires couraient sur celui qui l’avait créée : notre arrière grand-père Dimitri. L’une des personnes à qui nous nous étions adressé put nous la montrer. Elle était toute petite avec des volets verts : c’est vrai qu’elle avait fière allure; mais il était trop tard et elle était déjà fermée. Nous y retournerons demain. Cette même personne nous attira dans une taverne qu’il connaissait où, devant un bon repas, il nous raconta quelques unes des aventures que l’on prêtait à Dimitri : on disait qu’aux tous débuts de sa boutique, il allait souvent au bazar d’Istanbul pour y vendre ou acheter des étoffes. C’est là qu’il avait rencontré Cybèle. Dès leur première rencontre, il lui avait offert sa plus belle étoffe, dans laquelle il avait glissé une rose blanche avec son plus beau poème.

Le menu n’avait pas été facile à comprendre mais le repas fut délicieux : Abdou et moi, on a choisi une salade grecque avec de la feta (du fromage de brebis) et des moussaka (du gratin d’aubergine avec des couches de viande hâchée) avec du riz et du pain. Charles-Édouard a voulu goûter au dzadziki, du concombre râpé mélangé à du yaourt grec et de l’ail pilé, puis il a dévoré une dizaine de souvlakis (des brochettes de viande). On a bien mangé et on a fini en buvant un petit café grec avec des gâteaux succulents.

Athènes, le 5 juillet 2001

Après cette très agréable soirée, nous sommes partis pour l’endroit que Christophe nous avait indiqué pour passer la nuit. Le temps de poser nos sacs de couchage par terre et nous étions prêts pour dormir. Mais il a bien fallu que Charles-Édouard vienne se plaindre parce qu’il voulait se mettre entre Abdou et moi, pour ne pas se faire mordre par des petites bêtes. Il disait qu’il se faisait dévorer par les moustiques, que le sol grattait, qu’il y avait plein d’araignées dans les arbres qui le guettaient et ne pensaient qu’à lui tomber dessus. On ne sait jamais, si un scarabée mangeait mon frère, ses jeux vidéos le regretteraient. Sinon, tout s’est bien passé et j’ai bien dormi. Au réveil, après que Charles-Édouard ait eu fini de se plaindre, nous sommes allés à la Mairie d’Athènes, au service État Civil, pour demander des renseignements sur notre arrière grand-père Dimitri. Nous en sommes ressortis bredouille.

Puis nous sommes allés voir le nouveau propriétaire du magasin de Dimitri et nous avons pu visiter la boutique que nous n’avions fait qu’entrevoir hier. Il nous a dit qu’il avait acheté ce magasin à un cousin de Dimitri. Nous lui avons dit que nous étions de sa famille et que nous aimerions voir ses archives. Charles-Édouard fouilla ses poches pour trouver sa carte d’identité et l’arbre généalogique que Joachim nous avait confié et il se rendit compte que les papiers étaient dans le pantalon qui lui était trop petit. Par chance, c’était moi qui le portait. Donc nous trouvâmes les documents. Le propriétaire parut convaincu. Il nous fit monter au grenier et nous présenta les archives. Il resta près de nous pour veiller à ce qu’on ne vole rien. Sans s’occuper des archives, Charles-Édouard se mit à regarder partout. Soudain, il découvrit une grosse enveloppe, cachée entre les tuiles et la volige. Dedans, Abdou trouva une sorte de cahier intime où il y avait des poèmes et la vie de Dimitri. Il demanda au marchand s’il pouvait prendre ce cahier. Il refusa. Abdou proposa de le payer mais il ne voulait toujours pas. Par chance, le téléphone sonna, le commerçant descendit répondre. Alors Charles-Édouard prit le cahier et le remplaça par un livre de poche qu’il mit dans l’enveloppe. Le marchand revint et Abdou lui dit qu’il pouvait ranger ses archives. Il jeta un petit coup d’œil dans le paquet et alla le ranger. Nous partîmes et Charles-Édouard râla parce que c’était son livre préféré qu’il avait laissé dans le magasin. Mais Abdou se demandait pourquoi le commerçant ne voulait pas leur vendre ce cahier. Ils virent que dedans, il y avait un petit sachet dans lequel il y avait une bague de fiançailles. Sur le sachet, il y avait écrit « Pour Dimitri, de la part de Sofiane ». Sur une page du cahier, il était écrit que Sofiane était sa femme et que Cybèle était sa maîtresse. Une page était déchirée, c’était un poème, celui qui avait été glissé dans l’étoffe. Dimitri parlait beaucoup de Cybèle dans le cahier. Il disait qu’il avait travaillé jour et nuit pour lui payer un collier dans lequel se trouvait un gros diamant. Après lui avoir acheté ce bijou, il était devenu pauvre. Comme il attrapait beaucoup de verrues et qu’il ne pouvait plus les soigner, il perdit ses clients. Sa seule solution fut de se séparer de Sofiane, qui était la mère de notre grand-père Jacques, et de se marier avec Cybèle qui était très riche. Et comme il n’avait plus d’argent, il n’a pas pu s’acheter de costume neuf et il dut prendre celui qu’il avait mis pour son premier mariage avec Sofiane, qui avait été grignoté par les rats. C’est dans ce costume qu’il pose sur la photo de mariage vue à Istanbul. Notre grand-père Jacques nous avait caché que Cybèle n’était pas sa mère.

Il y a quelques minutes, nous avons récupéré nos bagages chez Christophe qui était heureux de nous avoir rencontrés et de s’être mis à notre disposition. Nous l’avons remercié chaleureusement, sauf Charles-Édouard qui était impatient d’arriver à Rome pour manger des pâtes et des pizzas.


Rome, le 06 juillet 2001

Quelle nuit ! ! ! Si nous avions su qu’il était si difficile d’aller à l’aéroport, nous aurions choisi le bateau. Il était six heure, hier soir, quand Christophe avait appelé le taxi, mais à sept heure, il n’était toujours pas arrivé. Abdou, qui aime être toujours à l’heure, s’impatientait en faisant les cent pas devant la porte de Christophe.

" On va être en retard et on va rater notre avion ! " hurla-t-il en entrant brusquement ; ce qui nous fit tous sursauter et mon frère commença à débiter toute une série de reproches : c’est de la faute à... ; Abdou n’aurait pas dû... ; moi j’aurai fait comme ça... ;

Ce flot de paroles fut interrompu par la télévision qui montrait un énorme bouchon dans Athènes. Christophe monta le son et l’on comprit alors pourquoi notre taxi n’arrivait pas : Il y avait une grève des bus qui entravait complètement toute la capitale de la Grèce.

Et là, à l’étonnement général, Charles Edouard eut l’idée du siècle :

" Et voilà, on n’a plus qu’à y aller à dos d’âne " ronchonna-t-il en s’asseyant sur sa valise.

" C’est une idée géniale, s’exclama Christophe, nos voisins ont quatre ânes. Je cours leur demander si nous pouvons les emprunter.

Et avant qu’Abdou et moi, n’ayons eu le temps de réagir, Christophe était déjà sorti.

Trois touristes, sur des ânes, serrant leur valise d’une main et se cramponnant à la crinière de l’autre, dans Athènes à neuf heure de soir, ça aurait mérité une photo. L’aéroport était à six kilomètres de la maison de Christophe, et six kilomètres à dos d’âne, croyez moi, ça fait mal aux fesses. Eh oui, pour une fois, ce n’est pas Charles Edouard qui râlait, c’était moi.

Mon frère était même fier de lui. Ah ! les garçons... !

Mais, finalement, nous fûmes pris d’un fou rire, en voyant Christophe repartir perché sur son âne et tentant tant bien que mal, de faire avancer les trois autres à la même allure.

Par chance, tous les avions avaient été retardés et le notre était juste sur la piste de décollage. Il était onze heure trente quand nous quittâmes le sol de la Grèce.

A la descente de l’avion, les courbatures de notre ballade en âne et la fatigue de la nuit, nous donnaient des airs de vagabonds. Le regard étrange du chauffeur de taxi qui s’arrêta devant nous, nous confirma cette impression.

Mais lorsque Abdou lui donna l’adresse de notre arrière grand-mère : Rue Botticelli, dans un des quartier les plus chics de Rome, sa grimace se transforma en un gracieux sourire.

Le trajet s’avéra un peu plus long que ce que nous avait dit Claudia : soit notre aïeule n’avait plus la notion du temps ( à 91 ans, ça se pourrait), soit notre chauffeur était en train d’arrondir notre facture !

La deuxième hypothèse s’avéra la bonne : "  45 lires y 50 centecimi " nous annonça-t-il fièrement en se tournant vers nous après avoir garé sa voiture devant la porte d’une belle villa. Abdou régla cependant sans rien dire et j’attirai immédiatement l’attention de mes deux compagnons vers le panneau qui indiquait le nom de la rue. Le mot Botticelli était entouré d’une frise fleurie d’une incroyable beauté.

" C’est un peintre du 15ème siècle " dit une petite voix tremblante juste derrière nous.

" C’est notre arrière grand-mère, me dit Charles Edouard, qu’est-ce qu’elle est ridée ! ajouta-t-il à voix basse.

Vraiment mon frère pourrait être un peu plus délicat .

Afin de nous accueillir selon les coutumes locales, Claudia nous conduisit directement dans la salle à manger d’où nous parvenaient des odeurs alléchantes.

Pour notre premier repas italien, nous avons été gâtés : tomates aux olives ; lasagnes émiliennes et une immense glace à la fraise. (J’avais déjà mangé une glace " à l’italienne " en France, mais ça n’a rien à voir. Rien que d’y repenser, j’en ai l’eau à la bouche) .

Charles Edouard lui, osa dire qu’il aurait préféré une pizza à la place des lasagnes, je le foudroyais du regard, mais heureusement Claudia n’avait rien entendu. Abdou avait eu droit à un petit Chianti ( un bon vin italien) pour accompagner ce repas et nous avons tous les trois goûté un " Cappuccino " maison.

" Je vois que vous avez bon appétit, tous les trois. Vous avez fait honneur à mon repas, j’en suis très heureuse. Si nous allions visiter la Basilique Saint Pierre, cet après midi ? " proposa Claudia en finissant de débarrasser la table.

Dans le taxi qui nous conduisait vers la place Saint Pierre, haut lieu touristique de Rome, Charles Edouard ne put s’empêcher d’étaler ces connaissances en histoire. ( Je dois reconnaître que cette fois-ci, il a été brillant dans son exposé sur la fondation de Rome.)

Si j’ai bien compris, la légende raconte que la " ville éternelle " fut créée par des jumeaux Romulus et Rémus : petits-fils du roi, ils avaient été jetés dans le Tibre ( c’est le fleuve qui traverse Rome) par un traître. Mais une louve les a recueillis et nourris de son lait ; Puis un berger les a élevés et quand ils furent adultes, ils reprirent le trône au traître. ( Jusque là, tout se passait bien, mais Romulus tua son frère et donna son nom à la ville qu’il créa : ROME)

Pendant que Charles Edouard racontait, le taxi était arrivé à destination. Nous descendîmes, impressionnés par la grandeur de cette place et de l’édifice qui se dressait devant nous.

La visite qui suivi fut super passionnante ! Même, mon frère, ne trouva rien à reprocher : il faut dire que nous avons vu cette après midi là, quelques merveilles de l’art Italien ; Des colonnes gigantesques aux sculptures magnifiques, des peintures sur tous les murs et même au plafond, des vitraux que la lumière du soleil d’Italie rendait encore plus colorés.. 

Nous ne savions pas où donner du regard tellement il y avait de détails à observer. Plusieurs fois nous nous sommes arrêtés vers des groupes de touristes pour écouter les guides qui les accompagnaient et qui traduisaient en plusieurs langues l’histoire de ces murs.

Quand Claudia nous demanda si l’on étaient pas fatigués, nous comprîmes tout de suite qu’elle commençait à avoir du mal à nous suivre.

Abdou jura qu’il n’en pouvait plus et nous reprîmes le chemin du retour.

Ce n’est qu’après avoir repris des forces à table ; et que notre arrière grand-mère est fait un petit somme, qu’elle nous montra l’album de sa famille.

Dès la première page, ses yeux se mirent à briller d’émotion : on y voyait la photo de son mariage avec Franz ; "  amorrrr ! " dit-elle avec son superbe accent italien, en envoyant un baiser à la photo. Mon frère et moi, n’osions pas lui poser de questions car il n’y avait pas longtemps que notre aïeul été décédé. Mais Claudia connaissait le but de notre voyage et nous raconta comment elle avait fait connaissance d’un tchécoslovaque. C’était en 1927, elle avait tout juste 17 ans et lui 26 ! " un vieux " se rappela -t-elle en éclatant de rire.

Ses parents s’étaient montré très hésitants, mais finalement ils acceptèrent que le mariage ait lieu. " Heureusement ! ajouta Claudia en nous faisant un petit clin d’œil coquin, car votre grand-mère Maria était déjà en route ! "

Les photos qui suivirent résumaient une vie de bonheur, entrecoupée d’aller retour entre la Tchécoslovaquie et l’Italie. Finalement, notre arrière grand-mère referma ce livre et en nous regardant très tendrement, elle me le remit avec un grand sourire.

" Tu le montreras peut-être un jour à ton arrière petite fille, toi aussi " me dit-elle d’une voix tremblante.

J’ai eu un pincement au cœur en déposant ce précieux trésor au fond de ma valise. (Celle là, je vais y faire attention, pas question de me la faire voler une autre fois.) De ma vie, je ne reverrai sans doute pas mon arrière grand-mère, mais j’emporte avec moi le souvenir de toute sa vie.

Quelques minutes avant notre départ, Abdou vint chercher nos valises et nous posa cette charade : ( Charles Edouard cherche encore la solution !)

Mon premier n’est pas laid

Mon deuxième est la moitié d’un repas désiré par " Gros Minet "

Mon troisième est souvent avec le poivre

Mon quatrième est en fait la neuvième d’une série de 26.

Et mon tout est un nom de peintre bien connu de Claudia.

Et maintenant , en route pour Prague !


 En route pour la ville aux cent clochers

Vendredi 6 juillet en soirée Rome

Vite, le train part à 19 h 07, s'écria Abdou."Mais Charles-Edouard voulait acheter une ultime pizza dans la capitale italienne. Abdou lui remit ses dernières lires et partit ensuite faire la queue au guichet. Le hall de la gare grouillait de monde. Nommée d'office gardienne des bagages1 je me demandais où allaient toutes ces personnes. Rentraient-t-elles du travail ? Partaient-elles en vacances? en week-end? Ou couraient-elles après leur histoire comme nous?

 Abdou me tira de mes pensées:
«  Charles-Edouard n'est pas encore revenu?
-   N... ,heu ,non , bredouillai-je.
Mais avant d'avoir eu le temps de me faire du souci, j'aperçus mon frère. Une partie de Sa tête disparaissait derrière six boîtes de pizzas et deux grandes bouteilles de "Fanta ". Quel glouton celui-là!
Malgré son chargement impressionnant, il réussit à prendre son sac et nous nous dirigeâmes,  tant bien que mal, vers le quai. Le train était là.
-   Trop cool, c'est un train-couchettes!
En pénétrant dans notre voiture, je me revis cinq ans en arrière. Je partais à Piriac en classe de mer, avec mes camarades.

Samedi 7 juillet
- Vos billets s'il vous plaît ."
Je me réveillais en sursaut. Où étais -je?
Après le départ du contrôleur, Abdou m'expliqua qu'on allait bientôt arriver à Vienne, en Autriche. J'avais dormi comme un loir. Il faut dire qu'on avait pas chômé depuis huit jours.
- Mais Vienne n'est pas sur notre feuille de route.
- Tu as raison. Mais nous devons changer de train. Et comme nous avons plus d'une heure d'attente, je propose que nous allions prendre notre petit déjeuner à l'extérieur de la gare."
Sacré Abdou ! Il a toujours de bonne idées.

 Au bar" Le Mozart ", une jeune serveuse nous apporta du chocolat chaud, des brioches, des croissants, du jus d'orange,...C'était succulent!..
-    Cette nuit... nous sommes passés...près de Venise , annonça Charles-Edouard la bouche pleine."
Venise. Mes parents y étaient allés en lune de miel. Je ne me lasse jamais de regarder les photos de leur voyage. Ils pourraient être là avec nous ....Percevant ma tristesse soudaine, Abdou me raconta qu'il avait été réveillé par Charles-Edouard. En effet, celui-ci avait crié:" Boticelli »

 L'Euro-City quitta Vienne sous la pluie. C'était rafraîchissant après plusieurs journées de chaleur. Mais Abdou était inquiet. Allait-on trouver facilement un hôtel à Prague? 

"-Je peux peut-être vous aider, dit l'un des passagers.
En se retournant, nous découvrîmes un homme de grande taille vêtu d'un costume cravate. Il avait l'air sympathique.
"- Bonjour I mon nom est Josef Savek. Je suis représentant dans une cristallerie. Mon travail m'amène souvent dans votre pays.
Nous lui racontâmes notre histoire. Il fut très impressionné et nous considéra comme de vrais citoyens européens. Il nous parla de son pays avec coeur puis nous expliqua que la langue tchèque ne ressemble pas aux langues latines au anglo -saxones. Elle est compliquée à apprendre et pas très logique parfois:
"- Oui s'écrit "ano " et se prononce" non"; "Il est 10h 35 "se dit: " bans dix minutes, on aura fait les trois quarts du chemin qui nous mènent à 11h." Mon frère et moi nous nous sommes régalés. On a appris plein de mots "dobry den" (bonjour), "dékuji" (merci) nashledanou (au revoir), on doit le prononcer -tenez-vous-bien -nassklédannoou, prosim (s'il vous plaît),

 Apres le repas au wagon-restaurant, il nous montra quelques cristaux de Bohême.
"-Ils sont d'une qualité unique au monde, dit-il."
Nous n'eûmes pas de mal à le croire. C'était la première fois que nous voyions des choses aussi belles.

 La pluie avait cessé. Il faisait même chaud. Josef SA VEK nous appela un taxi. La voiture s’arrêta devant nous. A notre grande surprise1 notre ami s'engouffra dans le véhicule, se pencha sur le compteur et parla sévèrement au chauffeur. Ce fut Abdou qui comprit le premier: le brigand avait " oublié" de remettre son compteur à zéro.

Nous adressâmes un "mashledanou" à notre compagnon de voyage et nous partîmes en direction de la pension U Medvidku.

 "- A demain Monsieur Svankmajer!
Abdou
nOUS indiqua, en raccrochant le téléphone1 que Jan Svankmajer était le cousin dont Claudia nous avait parlé. à Rome. Il nous invitait tous les trois demain après~midi. J'avais déjà entendu ce nom quelque part. Mais où?
"- C'est Alice! m'écriais-je d'un coup.
Mon frère et son parrain me regardèrent bouche bée. Est-ce c'est le réalisateur du film "Alice"? le grand Jan Svankmajer?

-   C'est possible, répondit Abdou. Claudia m'a dit que Jan travaillait dans le cinéma.
Mais toi, comment le connaîtrais-tu?
-   J'ai vu le film avec l'école. Il était super!
Quelle coïncidence! J'avais hâte d'être dimanche après-midi.
-   En attendant Si nous allions faire un tour. N'oubliez pas que nous sommes dans l'une
des plus belles villes d'Europe.
Ah! Ces profs de gym: il faut toujours qu' ils soient en mouvement!

 La place de la vieille ville était entourée de grandes maisons colorées. Nous reconnûmes tout de suite l'imposante statue de Jan Hus . (Nous savions qu'il avait fini sa vie comme Jeanne d'Arc.)

Comme je n'avais pas encore terminé mon goûter (même pour manger, je suis lente), ,j'ai attiré plusieurs dizaines de pigeons. Certains se sont posés sur mes épaules. L'un d'eux a même choisi me tête pour faire
Sa" grosse commission'1. J'étaiS furieuse d'autant que mes deux compagnons se sont éloignés à reculons.

- Ca pue! disaient-ils d'un air moqueur. J'avais aussi l'impression que tout le monde me regardait bizarrement
- Allez Anna, c'est pas grave dit Abdou, regarde plutôt la fameuse horloge astronomique.

Accolée sur un côté de la tour qui abrite l'hôtel- de-Ville, nous avions devant les yeux une étonnante oeuvre d'art du XVe siècle.
Nous nous approchâmes d'un groupe de touristes belges et ne pûmes nous empêcher d'écouter le guide:
"...on dit que l'horloger qui mît au point le mécanisme eut leS yeux brûlés par les autorités afin qu'il ne réalise pas un autre chef d' oeuvre ailleurs drôle de reconnaissance, n' est-ce pas! Voyant la mort venir, l'aveugle se fit accompagner par ses fils auprès de l'horloge et en détruisit rageusement le mécanisme
Cette légende expliquerait que le système fut en panne pendant une longue période avant qu'un autre savant puisse le remettre en état... »
Mais le guide eut juste le temps de terminer Sa phrase. Tout en haut de l~ horloge un coq doré se mit à chanter. Au-dessous, deux fenêtres s'ouvrirent et nous vîmes apparaître les apôtres à tour de rôle.
A gauche, la Vanité symbolisée par un avare agita Sa bourse. A droite, la mort tira la cloche de la tourelle pour indiquer que l'heure était venue. A ses côtés, un Turc (reconnaissable à son turban) faisait non de la tête.
Quand je pense que ces personnages se mettent en mouvement toutes les heures (Sauf la nuit cependant).
A force de regarder en l'air, nous nu avions pas remarqué au sol, sur le pavage, 27 croix. C'est le guide qui, une nouvelle fois, nous aida:
- Ce sont les marques de l'exécution de 27 seigneurs tchèques, le 21 juin 1621. Plus loin, vous pourrez apercevoir le méridien pragois...

 On ne pouvait quitter cet endroit Sans apprécier les flèches hautes de 80 m de l'église Notre-Dame de Tyn.
-  C'est dommage qu'elle soit fermée, nous dit Abdou. J'aurais bien voulu vous emmener sur la pierre tombale du célèbre Tyco Brahé.
- C'est qui celui-là? demanda Charles - Edouard.
- Il s'agit d'un astronome danois qui a été accueilli à la cour du roi Rodolphe Il vers la fin du XVI e siècle. Il a établi un catalogue d'étoiles et a fait un ensemble d'observations grâce à des instruments qu'il avait mis au point. Il est aussi connu pour
Sa prothèse naSale d'or et d'argent Il faut dire qu' il eut le nez tranché au cours d'un duel. Mais il est encore plus fameux pour la légende liée à Sa mort. Un jour où il était en audience chez le roi, il lui prit une envie d'uriner aussi forte que soudaine.. Devant le roi, impossible de demander à se retirer. Il se retint donc Si fort et Si longtemps que sa vessie ... éclata. »

C'était drôle et tragique à la fois.
L'immense brasserie située tout à côté de notre hôtel nous accueillit pour le repas du soir. Abdou voulait absolument goûter les fameuses bières tchécoslovaques. Il nous a dit qu'elles étaient considérées comme les meilleures du monde. A la fin de la soirée, Charles Edouard semblait du même avis. Et c'est en chantant qu'il rejoignit
Sa chambre...

 

dimanche 8 juillet

Cela faiSait maintenant huit jours que Charles -Edouard n'avait pas touché un ordinateur. Une éternité pour lui quoi
Montrant un prospectus qu'il avait pris dans le hall de l'hôtel, il nous proposa d'aller dans un cyber-café.
Nous voulûmes bien l'accompagner. seuI « Le Spika » était ouvert le dimanche. bécoré de mosaïques, c'était une grande salle1 haute de plafond avec une mezzanine de fer et de bois. L'espace informatique comptait une quinzaine d'ordinateurs. Charles-Edouard se précipita sur la dernière machine disponible.

J'en profitai pour écrire des cartes postales. Mon voyage n'étant pas ordinaire, j'avais décidé d'en envoyer une à chacun de mes camarades de CM 2. Bien sûr, j'avais beaucoup hésité à propos de Rémi qui s'était moqué de moi, tout au long de l'année pour ma légendaire lenteur. Mais au diable la rancune de temps en temps, je demandais l'orthographe d'un mot à Abdou. Celui-ci était plongé dans la lecture de son journal favori « L 'Equipe ». Il me parla du Tour de France qui venait de démarrer, mais je ne retins pas le nom du vainqueur du jour. Charles-Edouard nous appela. Il voulait envoyer un « e.mail » à Laetitia. Chacun écrivit quelques lignes avant que la connexion ne soit interrompue.

 «- Ce sera pratique et sympa, avait dit Abdou en louant les VTT. »Plantée sur mon vélo, je commençais à en douter. La rue était raide, les pavés semblaient de plus en plus hauts et, par-dessus le marché, j'avais refusé (une nouvelle fois) de prendre un pantalon. Mais heureusement, les rails des trams ne passaient plus par là et le repas de midi avait été léger. Mais ce qui m'enrageait le plus, c'était de voir les deux sportifs de la famille au bout de la ruelle et très à l'aise.

« Allez Anna! me lançaient-ils toutes les trois minutes sur un ton moqueur. »Essoufflée et ruisselante de sueur, je posais enfin le pied devant la maison. Jan Svankmajer habitait sur les hauteurs de Prague dans un quartier ancien. C'était un bel homme à forte carrure, barbu et au crane dégarni qui nous accueillit.

« Bonjour, vous êtes sans doute mes petits cousins? »
En pénétrant dans sa demeure, je reconnus tout de suite deux décors du film: un squelette animalier avec des yeux de verre et le lapin blanc dans une boîte. Toutes les pièces étaient remplies d' objets anciens. Abdou me chuchota:

-« C'est un vrai capharnaüm »
Nous parlâmes du métier de réalisateur et surtout d' Alice. Jan nous raconta qu'il avait fait le tour des écoles pour dénicher son actrice, la petite Kristina. Eva sa femme apporta des rafraîchissements et expliqua comment elle avait fabriqué certaines marionnettes. C'était passionnant.
Mais Joachim ne nous avait pas envoyé à travers l'Europe pour discuter cinéma. « - Mon père et votre arrière grand père étaient cousins et amis. Nés dans la même banlieue, ils sont restés proches jusqu'à la fin de leur vie.

-Pourquoi Franz a-t-il quitté la Tchécoslovaquie? demanda Charles Edouard.
-Il vivait avec sa mère qui était pauvre. A sa mort (elle a été emportée par une grave maladie), il décida de tout quitter pour partir en Italie ,espérant trouver le bonheur. Il a eu la chance de rencontrer Claudia . Mon père et lui n'ont cessé de s'écrire. »
-Jan remit à Abdou le double de toutes les lettres (Bien sur notre grand père serait obligé de chercher un traducteur). Eva nous offrit un tableau représentant Franz et son cousin. Elle l'avait peint trente ans auparavant. b'ailleurs, mon frère eut beaucoup de mal à le ranger dans son sac à dos. Avant de prendre congés, Abdou nota quelques noms et dates de naissance et invita Jan et Eva à la maison. Ils promirent de venir à l'occasion d'un festival.

 Une fois rentrés à l'hôtel, nous préparâmes la suite de notre voyage.


Berlin

Lundi 9 Juillet

A 6 heures, nous avons pris un taxi qui nous a conduits jusqu’à l’aéroport. Nous avons présenté nos billets et fait enregistrer nos bagages, puis nous sommes montés dans l’avion et nous nous sommes confortablement installés pour environ trois heures de vol. Le voyage s’est déroulé sans encombre.

Katherine nous attendait à l’aéroport. Katherine est la sœur jumelle de notre grand-mère paternelle Julie. Elle vit toujours à Berlin, depuis sa naissance, célibataire, sans enfants, elle était professeur d’Histoire, mais aujourd’hui elle est, bien sûr, en retraite. J’ai eu un petit pincement au cœur en la découvrant : elle ressemble tellement à mamie ! Et celle-ci commence à me manquer.

Après nous avoir embrassé, notre grand-tante paternelle (puisque tel est son titre !) nous a demandé des nouvelles de nos grands-parents, mais nous n’en avions pas de récentes…

Nous sommes allés sur le parking où elle avait garé sa voiture. Eh oui ! Elle conduit toujours !

Charles-Edouart a eu un sourire ravi car elle a montré du doigt une superbe BMW cabriolet. Mais son sourire s’est très vite transformé en grimace quand Katherine a ouvert le coffre d’une vieille Traban toute cabossée qui était garée juste devant la BMW. J’ai vu dans le regard d’Abdou qu’il se demandait comment tous nos bagages allaient bien pouvoir rentrer dans un aussi petit coffre…Finalement après avoir tout compressé, nous nous sommes à notre tour entassés dans la voiture.

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Sur le trajet, nous nous sommes rendus compte de deux choses :

Premièrement, Katherine conduit très mal, trop vite (pour sa voiture) et elle râle beaucoup au volant.

Deuxièmement, un âne à Athènes est mille fois plus confortable qu’une Traban à Berlin !

Nous avons été très contents d’arriver sain et sauf dans sa maison qui se trouve dans le centre de Berlin. Il s’agit d’ailleurs de la maison dans laquelle ont vécu nos arrière-grands-parents ; Clotilde et Charles.

Une fois arrivés, Katherine nous a montré nos chambres ; dans l’une des deux il y avait des lits superposés pour Charles-Edouart et moi. Ensuite elle a préparé le repas que nous avons dévoré car nous étions affamés. Puis Abdou a téléphoné à Laetitia pour savoir si tout allait bien à la maison et dans la famille et pour lui donner de nos nouvelles. Nous l’avons tous embrassée.

Après cela nous avons demandé à Katherine de nous parler de ses parents ; elle nous a conduits dans le grenier poussiéreux de la maison pour y dénicher des souvenirs et pour nous raconter l’histoire de leur rencontre.

J’ai ouvert une vielle malle et j’y ai découvert, pliés dans du papier de soie jauni et un peu déchiré, une robe en dentelle blanche et un costume noir de mariés.

Clotilde et Charles se sont mariés le 21 janvier 1928.

Les circonstances de leur rencontre sont plutôt amusantes et sympathiques :

Clotilde était de santé fragile, elle avait des taches aux poumons. Les spécialistes lui ont prescrit une cure de soleil dans une station thermale située à Lisbonne au Portugal.

Charles-Edouart a eu l’air étonné, alors Katherine nous a expliqué que ses grands-parents étaient riches et qu’ils avaient donc les moyens de payer à leur fille un séjour si coûteux et si loin.

Elle est donc partie à Lisbonne pendant l’été 1927. De son côté, Charles faisait ses études de médecine à Londres. On lui a proposé de faire un stage dans ce même établissement thermal. Il a bien sûr préféré le soleil de Lisbonne au brouillard de Londres !

Et un jour, au restaurant, à la suite d’une erreur d’enregistrement d’une commande…

Clotilde détestait les coquillages et avait commandé du poisson alors que Charles, qui avait en horreur le poisson se régalait à l’avance d’un plateau de coquillages qu’on devait lui apporter. Le serveur maladroit a inversé les commandes et a provoqué, à la fois la colère de mes deux arrière-grands-parents, mais aussi une formidable histoire d’amour qui devait durer toute une vie.

Par la suite, Charles a abandonné sans regrets Londres pour rejoindre Clotilde à Berlin. Ils se sont mariés, il a ouvert son cabinet de médecin et ils ont eu des jumelles en 1930 : Katherine et Julie.

 

Cet après-midi, nous avons visité la porte de Brandebourg. Katherine nous a dit qu’il s’agissait du monument le plus important de Berlin et peut-être même de l’Allemagne toute entière. Nous y sommes allés en métro. En sortant de la station, nous avons eu la surprise de découvrir cet immense monument juste sous nos yeux. J’ai tout de suite pensé à l’Acropole d’Athènes. Je l’ai d’ailleurs dit à Charles-Edouart ; Katherine m’a entendu et m’a expliqué que j ‘avais raison puisque l’architecte, Carl Gothard Langhans ( je ne sais plus si ça s’écrit comme ça !) s’est inspiré de l’Acropole pour le construire. Elle nous a aussi dit que la porte avait été construite entre 1789 et 1791. Deux ans ! Je ne pouvais pas y croire !

Le monument comporte six colonnes rayées, enfin, je crois plutôt qu’on dit doriques ! Au sommet de ces colonnes, il y a une espèce de toit, j’ai appris que cela s’appelait un attique, surmonté par une sculpture. De l’endroit où on était, on ne la voyait pas bien. Mais, heureusement, Abdou avait pensé à prendre les jumelles. Bien entendu Charles-Edouart a voulu regarder en premier ! alors, pour me venger, je l’ai appelé Doudou, surnom qu’il déteste et du coup, il m’a fait la tête pendant toute la visite.

Cette sculpture représente un char tiré par quatre chevaux (un quadrige) et conduit par la déesse de la victoire, avec deux grandes ailes dans le dos ; elle tient dans la main droite la croix de fer surmontée de l’Aigle de Prusse.

A l’origine cette statue était tournée vers la ville et elle symbolisait la paix. Hitler a fait tourner le quadrige vers l’ouest pour exprimer ses désirs de puissance et de conquête.

La statue a été abîmée pendant la guerre, à cause des bombardements. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer que cette ville a été entièrement bombardée puis reconstruite !

Après la guerre, on a reconstruit le quadrige mais sans la croix et l’Aigle : je comprends que les gens n’avaient pas envie d’avoir ces symboles sous les yeux ! Katherine nous a dit qu’elle se souvenait très bien de l’ancienne statue ; elle nous en a montré une photographie, mais elle ne se rappelait pas vraiment la date à laquelle la statue a été finalement restaurée comme à l’origine. Tout cela était un peu compliqué pour moi, mais j’ai retenu une chose :finalement ils ont bien fini par le lui rendre son bâton à la déesse !

 

Mardi 10 Juillet

Ce matin avec charles-Edouard, nous avons pris le bus, car nous avons eu l’autorisation d’aller en centre ville pour faire quelques achats et ramener un souvenir à Laeticia notre mère. La pauvre, elle était toute seule en France !

 

Soudain, un inconnu qui nous observait depuis un bon moment nous a abordés :

- " Quel est votre bon ? Je parle un peu français.
J’ai fouillé fébrilement mon sac à la recherche de mon ticket et le lui ai présenté.
- Bon, bon me dit-il. Comment t’épelez-vous ?
Charles-Edouard pour une fois a été plus rapide que moi et a répondu :
- Moi, c’est Charles-Edouard et voici ma soeur Anna.
- Je m’appelle Klaus, je parle à peine français, j’ai visité une fois Paris.
- Quels monuments avez-vous visités ? a demandé Charles-Edouard.
- La poule Eiffel, le gâteau de ferraille.
Avec Charles-Edouard nous avons commencé à rire.
- Ah ! Le château de Versailles, a dit Charles-Edouard.
- Oui, c’est ça. Quand je suis allé à Paris, il faisait un froid de renard. J’ai fait du bateau moustique, la Reine est polluée.
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- J’aimerai aussi faire du bateau mouche sur la Seine ai-je dit.
Comme nous voulions le faire parler davantage, son français nous amusait, je l’ai encore questionné :
- Quels monuments avez-vous préféré ?
- J’ai passé un grand moment au fusée du Louvre.
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Soudain je me suis rendu compte que nous approchions du centre ville :
- Nous sommes désolés, nous arrivons, nous devons descendre du bus. Nous avons passé un bon moment avec vous, au revoir".
Sitôt descendus du bus, nous avons éclaté de rire. Nous avons eu le soir, une belle histoire à raconter à Abdou.

Après le déjeuner, Katherine a proposé une promenade en ville. Nous sommes donc tous sortis. Au cours de notre ballade elle s’est arrêtée devant une ancienne boulangerie et nous a raconté une étonnante histoire. En 1964 avec sa soeur Julie; elles ont participé au creusement d’un tunnel qui permettait de franchir le mur de Berlin. Chaque soir, notre grand mère Julie et sa soeur Katherine se rendaient ici pour s’informer de la progression des travaux. Souvent, elles apportaient boissons et nourriture afin d’encourager les étudiants qui creusaient le tunnel. Elles espéraient retrouver des amis restés à l’Est, qu’elles n’avaient pas revus depuis trois ans. Ce tunnel mesurait 145 mètres de long, 70 centimètres de haut. C’est avec les larmes aux yeux que Katherine nous a raconté les retrouvailles avec ses amis.


Ce soir, nous avons mangé dans un restaurant de spécialités régionales. Charles-Edouard a choisi une spécialité de Rhénanie : Sauerbraten (boeuf mariné avec raisins secs, amandes et boulettes de pommes de terre) .Mon frère a trouvé ce plat succulent. Abdou a commandé une spécialité de Westphalie : le jambon ! ou SchinKen puis Tfeferpottast : boeuf en cubes, cuit avec du poivre en grains, épices, oignons, sauce chapelure, le tout arrosé de Bière de Dortnund. Quant à moi j’ai préféré une spécialité de Basse-Saxe : viande salée (Pokelfleish) accompagnée de spätz (pâtes fraîches) Pour terminer, le serveur nous a apporté la carte des desserts mais surprise : il n’y avait pas de traduction, nous avons décidé au hasard le mot allemand qui nous plaisait le plus : Backwaren pour Charles-Edouard, Eis pour Abdou et Erdbeere pour moi. Nous n’avons pas été déçus : il s’agissait de pâtisserie, de glaces, de fraises. Au moment de payer, Abdou a eu quelques difficultés : c’est la 5eme monnaie qu’il utilise en peu de temps : la lire turque, le drachme, la lire italienne, la couronne tchèque et le mark. Il a mélangé les couronnes et les marts, heureusement le serveur était là. Nous avons convenu que l’Euro nous aurait bien facilité la tâche, surtout à Abdou.

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Mercredi 11 Juillet

Dés l’aube, Katherine est venu nous réveiller en criant : "Schnel, ..........". Aucun de nous n’avait envie de se lever, surtout après le copieux repas que nous avions mangé hier soir, mais il a bien fallu..... On ne savait pas que Katherine était si matinale ! Après une rapide toilette, nous sommes descendus prendre le petit déjeuner, puis remontés pour préparer nos valises. Ensuite Katherine est venue avec un petit coffret en bois dans les mains. Il contenait tous les souvenir de la famille et elles nous a proposé d’en choisir chacun un. Charles-Edouard a pris une montre qui avait appartenue à Charles et moi, j’ai choisi une vieille photo jaunie qui représente Clotilde entourée des deux jumelles Katherine et Julie quand elles avaient 2 ans. Nous avons fini de ranger nos affaires et Abdou les a chargées dans le coffre de la Traban. En sortant du garage au volant de la voiture et avant de s’engager dans la Leipziger Stabe Katherine a renversé une poubelle qui était déjà bien endommagée (était-ce déjà la faute à Katherine ??). Mais nous avons quand même réussi à sortir de la ville sans autre incident.

La visite de Berlin est terminée, en route pour Londres!

Katherine nous a emmené à Hambourg dans sa vielle bagnole toute cabossée, ou nous attendait un bateau qui devait nous conduire jusqu’à Londres.

Nous avons subi des secousses sur presque 300 kilomètres! Il nous tardait d’arriver.

la première partie du trajet a été sinueuse et de plus, il y avait beaucoup de camions qui allaient déposer leurs marchandises au port de Hambourg. Katherine voulait absolument doubler ces camions et quelques frayeurs s’en suivirent. Tout cela la rendait bien nerveuse, le chauffage de la voiture était bloqué à fond, on était tous en sueur. Charles-Edouard (bien sûr) avait oublié de faire pipi avant de partir et cela faisait depuis 20 minutes qu’il demandait à Katherine de s’arrêter mais celle-ci ne voulait pas que les camions la rattrapent de peur de se faire doubler, Charles-Edouard, n’en pouvant plus, a fait pipi dans sa culotte. Mais Katherine était furieuse et elle n’a pas voulu s’arrêter jusqu’à Hambourg.

Arrivé à destination, Charles-Edouard a dû se changer et en fouillant dans sa valise, il a vu qu’il ne lui restait plus qu’un short.

Il l’a mit avec de grandes chaussettes qu’il a remontées jusqu’aux genoux. On aurait dit un Écossais!.

Arrivés à Hamburg, nous avons été surpris par la taille et le nombre des bateaux. Abdou en a reconnus certains d’après leur pavillon. Ils venaient du Portugal, du Japon, du Brésil et l’un d’eux venait d’Espagne chargé d’oranges. Charles-Edouard aurait dû plutôt se réjouir de voir autant de jolis bateaux plutôt que de râler contre l’odeur de poisson qui régnait. Katherine connaissait le capitaine d’un bateaux poubelle et elle lui avait demandé de nous transporter jusqu’au port de Douvres. Ce bateau était rejeté de port en port car personne ne voulait s’occuper d’une telle cargaison et bonjour l’odeur !!!. Le capitaine m’apparut comme un vieux fou avec sa barbe en broussaille, son ventre bedonnant, sa mouette sur l’épaule. Malgré cet aspect repoussant du capitaine, nous sommes montés dans le bateau et après avoir longuement embrassé Katherine, Charles-Edouard a agité son pantalon tout mouillé en guise d’au revoir.

Espérons que la mer ne sera pas trop agitée !!!

 

 

 

 


Charles-Edouard avec son pantalon tout mouillé à la main, ses grandes chaussettes et son short, avait l’air d’un imbécile. Je l’ai pris par la main et je lui ai dit :

-Viens on va laver ton pantalon.

On a descendu un escalier pour chercher une salle de bain ou une douche ou même des toilettes avec un lavabo. On a ouvert la première porte qu’on a vue. Surprise ! C’était une pièce pleine d’hommes assis par terre autour d’un réchaud. On a refermé la porte très vite sans rien demander, et on s’est précipités sur la porte juste en face. Il y avait de même des femmes et des enfants assis par terre autour d’un réchaud.Charles-Edouard dans son plus bel anglais a dit :

-Hello, we are looking for the toilets.

-Toilets ? a répondu une jeune fille, come with me.

Elle nous a conduits à la bonne porte. Charles-Edouard a commencé à laver son pantalon et j’ai demandé à la fille:

-What’s your name ?

-My name’s Reza and you ?

-My name’s Anna and this is my brother Charles-Edouard. What country you coming from ? je lui demandai en anglais petit nègre.

-Afghanistan.

Pendant que Charles-Edouard finissait de laver son pantalon, on a continué à discuter et j’ai appris qu’elle allait en Angleterre avec sa famille et presque tout son village pour trouver du travail. Elle était partie il y a plus de trois semaines cachée dans un camion. Et maintenant ils avaient pris le bateau-poubelle pour débarquer clandestinement en Angleterre. Quand Charles-Edouard a eu fini de laver son pantalon, Reza nous a invité à boire une tasse de thé dans la cabine des femmes et des enfants.Ensuite nous sommes remontés et nous avons cherché Abdou pour lui raconter ce qu’on avait découvert.Nous l’avons rencontré dans la cabine de pilotage en train de discuter avec le capitaine.Il paraissait heureux de se retrouver sur la mer. Je l’ai tiré par la manche et je lui ai dit doucement ce qu’on avait vu. Mais la capitaine avait l’oreille fine et il a tout entendu.

-Hé oui ! Jeunes gens, c’est mon métier, c’est comme ça que je gagne ma vie. Je transporte des immigrés clandestins en Angleterre ou en Europe du Nord. C’est interdit, mais pour ces gens, c’est leur vie qui est en jeu. J’essaie seulement de leur donner des conditions de transport à peu près correctes. Je fais cela aussi parce que moi en 1964 je me suis échappé d’Allemagne de l’Est vers l’Allemagne de l’Ouest. C’est comme ça que j’ai connu Katherine votre grand-tante qui m’a aidé quand je suis arrivé à l’ouest. Bien sûr les Afghans ne peuvent pas sortir sur le pont en plein jour, mais ils ont tout le bateau pour eux. Je les ferai débarquer une nuit bien noire et quand il fait très mauvais, ils ont plus de chance de ne pas être vus. En Angleterre ils seront pris en charge par de la famille ou des amis. C’était l’heure du repas, le capitaine a donné la barre à son second et nous sommes allés manger ensemble. On a ensuite gagné nos cabines pour la nuit.

 

Jeudi 12 juillet

La journée a été calme, nous avons visité le bateau qui est presque vide. On a joué à cache-cache dans la cale avec des enfants afghans. On a profité du beau temps pour prendre des bains de soleil sur le pont. On est arrivés à Douvres vers 18 h, après une journée et demie de traversée. Nous avons débarqué aussitôt et nous avons vu notre grand-mère Julie qui attendait sur le parking près d’une Austin Mini.

-Oh non ! Encore une voiture modèle réduit. On ne va jamais pouvoir rentrer là-dedans, râla Charles-Edouard. Moi je veux prendre le train.

Julie nous a embrassés et a éclaté de rire en voyant la tête de Charles-Edouard.

Puis elle s’est dirigée vers une superbe Rolls Royce dont un chauffeur nous a ouvert la porte. Là, la tête de Charles-Edouard a changé. Son sourire s’est élargi jusqu’aux oreilles et même encore plus loin quand il a vu un ordinateur avec un écran plat pivotable et escamotable accroché au plafond. Il y avait deux banquettes l’une en face de l’autre. On voyageait donc comme dans un train. Charles-Edouard a joué à l’ordinateur pendant tout le voyage ; ça devait lui manquer.

Julie nous a expliqué que la Rolls venait juste d’être restaurée. On l’avait retrouvée dans un bâtiment du château des ancêtres de Charles (et des nôtres donc).

-On a pu le remettre en état grâce au visites payantes du château. J’habite toujours là-bas dans une aile. Le reste du bâtiment est ouvert au public. Ca me permet de vivre. Vous savez que ce château appartient à notre famille depuis 1953. L’arrière grand-père de Charles l’avait acheté et restauré quand il avait fait fortune au début de la révolution industrielle. Maintenant on est obligé de le louer pour l’entretenir.

Pendant qu’elle parlait, Julie nous a proposé un thé. Elle a ouvert un petit meuble sur le côté de la voiture et nous a servi dans une petite tasse en porcelaine. Charles-Edouard sortit de son ordinateur pour demander du Coca. Abdou lui dit qu’il n’y en avait pas et que de toute façon il n’avait pas le droit de boire pour ne pas faire pipi sur les banquettes en cuir.

Julie nous a encore expliqué quelques détails sur le château et nous sommes arrivés. On a traversé un magnifique parc et aussitôt entrés nous sommes allés manger. On a eu droit à quelques spécialités anglaises : boeuf bouilli sauce à la menthe, pudding à la crème fraîche, de la "jelly" à la framboise et en fin de repas le fromage avec des crackers. Bien sûr on a bu du thé.

Après le dernier thé de la journée, c’était l’heure de se coucher, alors Julie nous a dit :

-Prenez ce couloir. Il vous mènera dans vos chambres. Abdou ta chambre est au bout en face, Anna la tienne est à gauche et Charles-Edouard à droite.

Dans le couloir qui faisait au moins 30 mètres de long, il y avait de chaque côté des armures qui grinçaient et qui menaçaient de tomber car le sol vibrait à notre passage. Soudain une des armures les plus anciennes tomba et la lance effleura

Charles-Edouard qui faillit s’évanouir de peur. Abdou ramassa l’armure et la remit en place. Nous sommes allés nous coucher, et je me suis endormie tout de suite. En pleine nuit j’ai été réveillée par Charles-Edouard qui criait comme une sirène de pompiers :

-Au secours ! Au secours !

Je me suis précipitée dans sa chambre où il y avait déjà Abdou, et il nous a raconté :

-J’ai entendu des bruits très bizarres, je suis descendu dans le hall. Je me suis appuyé contre un mur, mais c’était un hologramme et je suis passé à travers. Je suis tombé dans un cimetière souterrain plein de cadavres. Soudain j’ai aperçu la silhouette d’un Minotaure qui tenait une masse d’armes. Le Minotaure m’a frappé sur la tête. C’est à ce moment-là que j’ai vu Abdou à côté de moi.

-Ce n’était qu’un rêve, tu as trop vu de films d’horreur, lui dit Abdou. Allons, rendors-toi, il est une heure et demie du matin. Demain nous allons inspecter le château pour retrouver des documents sur vos ancêtres.

 

 

VENDREDI 13 JUILLET

Ce matin Charles-Edouard était encore sous le choc et n’osait plus rien dire. Le petit-déjeuner était très bon, un vrai breakfast anglais mais Charles-Edouard ne l’aimait pas et il râlait déjà de si bonne heure.

J’ai voulu goûter à tout : le bacon grillé, les oeufs brouillés, le jus d’orange (fait avec de vraies oranges), les toasts au beurre et à la "marmelade", les céréales (bof, les mêmes qu’en France) et même une drôle de pâte à tartiner qui ressemble de loin à du Nutella. Rien qu’à l’odeur je n’avais pas envie d’en manger, mais j’y ai goûter quand même. Ca a un goût de cube de viande qu’on met dans les potages (beuark, rien que d’y penser ça me dégoûte). Il parait que c’est de l’extrait de levure avec laquelle on fabrique le pain.

Après le petit-déjeuner, nous sommes allés visiter le musée de Charles qui a été pilote de chasse pendant la guerre 39-45. Il a rassemblé toutes sortes d’objets de cette époque : des armes, des uniformes, des photos d’avions, de sa base et de ses copains de la R.A.F. (Royal Air Force : armée de l’air britannique), des médailles, des articles de journaux, etc... Julie nous a expliqué que Charles avait participé à beaucoup de batailles, il a été blessé en Russie et fait prisonnier en Allemagne en 1943. Il avait une grande passion pour la peinture. Il a peint des tableaux qui sont dans le hall. A la fin de la visite, elle nous a donné des photos de Charles et aussi une peinture pour Abdou.

. Il était déjà midi et on est allé manger dans un restaurant indien (il y en a partout à Londres). On a tous pris du poulet au curry. Charles-Edouard râlait encore car il aurait préféré manger dans un Macdo. L’après-midi nous sommes allés faire un tour au marché aux puces de Portobello Road, on y trouve de tout : des vêtements, des antiquités, etc... Abdou a trouvé une très jolie robe pour ramener à Laetitia et Charles-Edouard cherchait des logiciels d’occasion pour son ordinateur. Tout à coup il nous a montré une valise qui ressemblait à la mienne, enfin à celle que l’on m’avait volée au départ d’ISTANBUL. On a regardé de plus près et c’était bien la mienne car il y avait un autocollant de Barbie infirmière sur le dessus. Pour la récupérer, j’ai été obligée de la racheter. Pas cher, 2 livres, mais quand même c’est un comble ! Comment ma valise était-elle arrivée là ? Mystère. On est ensuite allé boire un thé et on est rentré au château. En attendant le repas, on a fait une partie de fléchettes selon les vraies règles.

Abdou en a profité pour déguster une bière anglaise. Nous avons mangé de bonne heure et mamie nous a dit :

-Si vous voulez, vous pouvez regarder un matche de cricket à la télévision. C’est très intéressant : c’est l’Angleterre contre le Pakistan. Moi j’ai trouvé ça très ennuyeux. Le cricket ça doit faire dormir car Abdou et Charles se sont assoupis sur le canapé bien avant la fin du match qui avait en fait commencé le mardi précédent et durait depuis quatre jours. Il n’y a que les Anglais pour comprendre ce jeu. Nous sommes allés nous coucher tous les trois mais Julie est restée jusqu’à la fin.

 

Samedi 14 juillet

Julie nous a réveillés en musique avec la Marseillaise. Hé oui ! Aujourd’hui c’est le 14 juillet.

Elle nous a emmenés faire le tour de Londres dans un bus rouge à impériale. Comme il faisait beau on a pu avoir un bus découvert à l’étage. Un guide commentait les divers monuments de Londres (en français et en autres langues) : la Tour de Londres construite par Guillaume le conquérant, c’est là que sont les bijoux de la couronne, le Tower Bridge (pont levant), le parlement anglais avec Big Ben, Trafalgar Square, la cathédrale Saint Paul, et les Docks. On a terminé par Buckingham Palace à midi où on a vu la relève de la garde. On a juste eu le temps de manger avant de faire nos valises et on est allé prendre l’avion pour l’Espagne à l’aéroport d’Heathrow.

Pendant le voyage, j’ai fait une petite charade :

Mon premier est un pronom personnel féminin de la troisième personne du singulier.

Mon second est un meuble sur lequel on dort.

Mon troisième est la moitié de zazou

Mon quatrirème est le contraire d’intelligent.

mon cinquième est le résultat de l’opération : (3+18)-(12+5)-(26-(9+15))

Mon tout est une dame anglaise très connue qui a de grands chapeaux et qui vit dans un beau château



A Madrid

 

Abdou a regardé les journaux et a dit que l'avion allait décoller à midi. Plus que deux heures avant le décollage !

·          Vite, prenons un taxi pour aller à l'aéroport !

·          Nous avons pris un taxi  et nous nous sommes retrouvés dans un embouteillage géant.

·          "Mince, dit Abdou, Charles - Edouard, tu as le temps d'aller acheter une pizza"

·          C'était une bonne idée car Charles-Edouard a eu le temps de l'acheter et de rentrer dans le taxi !

·          Heureusement, l'embouteillage est fini. Mais il ne nous reste plus qu'une heure dix minutes.

·          Nous sommes arrivés à l'aéroport juste à temps pour prendre les billets.

·          Dans l'avion, nous nous sommes reposés. Abdou a même dormi ! Pendant ce temps-là, le grand Charles-Edouard  écoutait de la musique sur son baladeur.

·          Deux heures plus tard, nous étions dans le hall de l'aéroport de Madrid.

·          Tout à coup, j'ai crié : " Papy, papy  ! "Abdou m'a demandé pourquoi je criais et j'ai dit : "Mais Regarde  ! "Abdou regarda et me répondit que ce n'était pas papy Joachim, que c'était Bernardino, son frère cadet. Il semblait très malin, intelligent mais peu calme. Ses cheveux blanc gris gigotaient sur sa tête.

·          Dès notre arrivée, il nous a dit : “Como esta usted ?” Ce qui veut dire : “Comment allez-vous ?”

·           

·          Nous sommes montés dans une vieille Renault 7, c'est une Renault 5 avec un coffre, on n'en trouve qu'en Espagne ! Charles-Edouard a sorti un bout de pizza de son sac et a grignoté (la pizza achetée pendant le bouchon à Londres).

·          La voiture s'arrêta "Calle del Carmen" en face de la plaza del Callao. Abdou nous a dit qu'une calle, c'était une rue !

·          Carmen habite donc rue Carmen, quelle coïncidence !

·           

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·           

·          Notre arrière-grand-mère n'était pas du tout comme sur les photos que Joachim nous montrait souvent quand il nous parlait de son enfance à Madrid avec son frère et sa petite sœur.

·          Elle avait les cheveux noirs et légèrement frisés avec un chignon bas vers le cou. Elle portait une longue robe noire avec un chemisier blanc classique, chaussures basses et bas noirs. Elle semblait très tranquille.

·          La maison était vieille mais elle était vaste et surtout en plein Madrid. Quel avantage ! Le jardin était aussi grand que la maison. Le vieux carrelage ciré était glissant et Charles-Edouard s'est amusé à faire du patin. IL faisait des traces et Carmen lui a fait les gros yeux !  Il s'est arrêté tout de suite ! Qu'il est bête celui-la !

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·          Je me suis levée la première. Du moins je le croyais ! Mais Carmen était déjà levée, alors j'en ai profité pour essayer de lui parler. Tout en l'aidant à préparer le déjeuner, je lui ai posé cette question qui me brûlait les lèvres. Carmen parlait le français avec un peu de mal car ce n'était pas sa langue maternelle.

·          Comment était Francis ?

Elle me répondit que c'était un grand blond aux yeux verts, qu'il était très musclé, un vrai athlète ! Il travaillait dans un port militaire. Il était capitaine de frégate. Il mourut d'un cancer du poumon en 1981, il avait beaucoup trop fumé toute sa vie !

Malheureusement, nous n'avons pas pu continuer à parler car les autres se sont levés.

 

 

Je faisais ma toilette. Tout à coup, quelqu'un a frappé à la porte.

Ce sont les cousins Miguel, Pedro et Manuela qui arrivent avec leurs parents.

Ma cousine Manuela est une grande fille aux yeux bleus et aux cheveux châtains noir. Ce grand dadais de  Charles-Edouard tomba  de suite amoureux d'elle mais plus il voulait le cacher et plus ça se voyait ! Il lui fit un sourire, Manuela avait tout compris et elle rougit !

Heureusement que j'étais là pour accueillir les deux autres ! Lui, il ne voyait que Manuela !

Tout à coup, ma cousine m'a dit en espagnol : " Tu viens jouer avec moi ?" C'est Carmen qui traduisait ! Je lui ai dit que je ne voulais pas laisser les autres seuls mais elle a gentiment demandé à Charles-Edouard de rester avec les garçons et il n'a pas osé lui refuser. Pourtant je suis sûre qu'il aurait préféré rester avec une jolie cousine de son âge que de parler des Pokemon  avec un petit cousin ! J'avoue que ma cousine est douée !

 

 

 

 

A midi, j'avais déjà faim, mais pas de déjeuner avant quatorze heures ! Les Espagnols mangent à l'ombre au moment le plus chaud de la journée.

Comme Carmen avait préparé le repas, nous  sommes passés à table sur la terrasse intérieure de la maison. Heureusement que Bernardino avait   tiré les grandes toiles  dès neuf heures ce matin car il ferait vraiment trop chaud ! J'ai demandé à Miguel et Pedro de me donner une leçon d'Espagnol :

Bonjour                Hola !

Au revoir          Adios

Carmen a servi un gazpacho : une soupe froide de légumes crus. C'était très désaltérant et Abdou en a pris deux fois !

 

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Charles-Edouard n'a pas aimé car il y avait du piment doux, lui, il ne connaît que le ketchup et la mayonnaise ! Par contre lui a apprécié les tortillas et les churros !

 Les tortillas sont des omelettes épaisses avec des oignons et des pommes de terre. Les churros sont des beignets longs couverts de sucre. Un vrai délice !

 

 Vers 15h 30, nous nous sommes séparés en deux groupes : les garçons et les filles. Comme d'habitude, Charles-Edouard râlait car il n'était pas avec Manuela. Les garçons sont partis à l'est et les filles à l'ouest !

Pour l'après-midi, j'ai proposé à mes cousines d'aller faire les boutiques.

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Elles ont accepté à condition qu'après on retrouve leurs copines à la piscine. Bien sûr, leur mère Angela les a accompagnées.

Nous sommes entrées dans plusieurs magasins. J'ai essayé des maillots de bain. Après quelques essais, j'ai enfin trouvé celui qui m'allait ! En route pour la piscine !

Dans les vestiaires, nous nous sommes mis à crier quand un garçon est entré dans les vestiaires des filles ! Mais il ne l'a pas fait exprès. Il s'est excusé !

Dans la piscine, ma cousine a failli se noyer !

 Elle voulait faire un peu sa maline devant moi.Elle s'est retournée pour me parler et elle a bu la tasse.

A notre sortie de la piscine, nous sommes reparties en ville à la Puerta Del Sol.

 

En fin d'après-midi, nous sommes arrivés en même temps que les garçons. Charles- Edouard m'a raconté : " Nous avons d'abord visité le musée du Prado. Le Prado est un grand musée.

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Abdou est passionné de peinture. Il m'a fait découvrir le grand musée de Madrid.. Il m'a parlé de grand peintres espagnols comme Vélasquez, Goya , Dali, Miro et Picasso.

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En sortant du Prado, nous nous sommes reposés dans le parc du Retiro. Abdou  a raconté aux enfants qu'au XVI siècle, les rois donnaient des fêtes spectaculaires dans ce parc, en particulier sur le lac , "l'Estanque".

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 Abdou a appris à mon petit cousin Pedro à faire des ricochets sut l'eau du lac. Avec Miguel, nous avons regardé des jongleurs qui jonglaient avec des fruits et des légumes Tout à coup, le jongleur a lancé volontairement une tomate sur un spectateur.. 

 

Puis avec mon grand petit cousin et mon petit petit cousin, on est allés à la boutique du Real de Madrid. J'ai acheté le maillot de Luis Figo. Le petit cousin lui a préféré un maillot d'Harry Potter.

Nous avons eu de la chance, l'équipe du Real s’entraînait. Il y avait même les remplaçants !

 

 

Pour ce dernier soir à Madrid, Abdou a dit qu'il voulait offrir un grand apéritif à tout le monde. Carmen a d'abord refusé en disant qu'elle était trop vieille et que la dernière fois qu'elle était allée dans un bar, c'était pour aller chercher son mari qui avait un peu trop fait la fête après une victoire du Real en coupe d'Europe ! 

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Mais Abdou a insisté et elle n'a pas osé refuser. Cela faisait si longtemps qu'elle n'était pas sortie  ! A une table voisine, était assis un vieux pépé qui avait l'air de s'ennuyer un peu et qui regardait le monde pour passer le temps !

 

Il s'est mis à parler fort à mon arrière-grand-mère. Je ne comprenais pas mais je voyais bien qu'il la taquinait ! Manuela a de suite expliqué à Charles -Edouard qu'ils se connaissaient depuis l'enfance et que le vieux papi recommandait à Carmen de ne pas boire trop de sangria, qu'elle n'avait plus l'âge d'aller manger des tapas dans les bars ! Ils se disputaient comme au bon vieux temps dans la cour de récréation ! Carmen lui a répondu à moitié fâchée, à moitié amusée !  J'ai demandé à Carlos de traduire mais il a refusé ! Il y avait trop de gros mots ! Nous nous sommes régalés avec les tapas qui sont des amuse-gueule, des petites portions qui remplacent les biscuits apéritifs.

 

Charles-Edouard a avalé des "Calamares fritos" et du "Queso manchego", un fromage de brebis.

Abdou a mangé beaucoup de " Gambas a la plancha", des grosses crevettes grillées non décortiquées et des ablondigas : de copieuses boulettes de viande, parfois à la sauce tomate.

Anna s'est contenté de chorizo : c'est une saucisse pimentée.

Abdou montre un beau cigare à vendre et en propose un à Carlos qui accepte avec joie pendant que sa femme lui fait les gros yeux car il essaie d'arrêter de fumer. Il ne veut pas mourir d'un cancer du poumon comme son grand-père Francis.

 

Pour ce dernier repas ensemble ce sont Abdou, Carlos et Angela qui ont préparé le repas. Ils parlaient fort dans la cuisine. On les entendait rire. Je crois qu'Abdou est devenu ami avec Carlos. S'il pouvait l'inviter en France, je serai ravie.

 

Angela et Carlos ont préparé une énorme paella. Viandes, poissons et crustacées garnissaient un gros plat de riz parfumé au safran. Comme Charles-Edouard n'avait  pas trop faim ( il a mangé trop de tapas) il s'est forcé un peu par politesse.

Puis Abdou est arrivé avec une énorme pile de crêpes, le plat préféré des enfants. Mais une crêpe était un peu spéciale. Elle était plus grande que les autres et il y avait écrit : Joyeux anniversaire. Il y avait même un petit dauphin dessiné avec du chocolat fondu.

Quelle surprise pour mon anniversaire. C'est vrai que j'ai dix ans aujourd'hui ! J'avais presque oublié. Que je grandis vite ! J'ai soufflé les bougies. J'ai dû faire le tour du gâteau. Carmen a adoré les crêpes. J'ai eu peur qu'elle digère mal. Mais pas du tout ! 

 

Dès que les grandes personnes se sont couchées, nous sommes allés écouter de la musique dans la chambre de Manuela. Nous avons tous chanté car elle avait le disque de Gerry Hallywell.

 

Après cette fatigante soirée, je me suis levée la dernière car à deux heures du matin, j’écrivais encore mon journal. Carmen était déjà debout : elle préparait le petit déjeuner : un petit déjeuner d’au revoir.  Elle semblait fatiguée car elle s’était couchée vers minuit. Mais elle était aussi heureuse d’avoir tous ses petits-enfants autour d’elle mais triste de nous voir partit bientôt. Mon frère  était déjà levé : il mangeait les crêpes qui restaient

 

Quand nous avons eu fini de déjeuner, nous sommes allés dans une chambre pour faire une bataille de coussins avec mes cousins. Les plumes voltigeaient dans toute la chambre. Abdou est rentré pour voir si les rangements étaient terminés. «  Dépêchez-vous de ranger la chambre avant que Virginia ou Carmen  n’arrivent »  La moitié des plumes étaient ramassée quand Virginia est arrivée. «  Rangez tout cela et allez faire votre toilette ! »

 

Nous nous sommes parfumées. Je me suis peignée avec la brosse de Carmen ! Nous regardions les garçons par la fenêtre.

Après le petit déjeuner, ils étaient partis dans la cour de l’immeuble jouer au foot. Ils ont fait des équipes. Virginia a dit qu’il ne fallait pas jouer trop fort. Mais mon grand frère a fait une retournée et boum ! Dans les géraniums de la voisine. Celle-ci est sortie sur son balcon, elle a crié et les garçons sont vite rentrés !  Nous avons bien rigolé et j’ai pris une photo de la fenêtre de ma chambre !

 

 

 

 

 

 

Puis les garçons ont demandé quelques pièces pour aller acheter des bonbons. Mais en revenant, ils avaient remplacé les bonbons par des pétards et des allumettes espagnoles. On les allume en les grattant contre une pierre ou un mur ! Ils nous ont lancé des pétards par la fenêtre ouverte. La voisine est sortie avec un balai. Carlos a confisqué les pétards et il les a emmenés faire un petit footing pour les calmer !

 

Nous, les filles calmes et gentilles, nous sommes montées au grenier. Nous avons fouillé dans de vieilles malles et cartons et nous avons trouvé des habits de Carmen et Virginia. Nous avons tout essayé ! J’ai trouvé une superbe robe à fleurs multicolores qui  était à Carmen ! Je suis descendue avec, Carmen est passée par-là, elle m’a vue. Elle était très émue. Elle a décidé de me la donner !

 

Après un petit repas froid, il a fallu se dire au revoir ! J’étais un peu triste mais je n’étais pas la seule ! Mon frère avait les larmes aux yeux. Carmen ne voulait pas montrer qu’elle pleurait mais elle avait les yeux rouges. Mais Carlos a pris la parole d’un ton joyeux qui a surpris tout le monde  pour annoncer : «  Nous nous retrouverons en août. Abdou nous a invités. Nous viendrons en vacances chez vous en Auvergne. Nous viendrons avec Carmen. Cela fait si longtemps qu’elle n’a pas vu Joachim. »  Tout le monde était maintenant joyeux !

 

L’avion décollait à 16 H 30 ! Mon frère a lancé son mouchoir de la passerelle pour dire au revoir à tout le monde ! Deux heures plus tard, nous arrivions à Strasbourg, en France. Nous étions contents mais surpris d’entendre parler Français autour de nous !